<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317</id><updated>2012-01-23T08:17:43.364-08:00</updated><title type='text'>Mémoires de bidasse</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>30</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-5551755027595116069</id><published>2012-01-23T08:12:00.000-08:00</published><updated>2012-01-23T08:17:43.373-08:00</updated><title type='text'>"Bon pour le service militaire" sur France 3</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-ulC9YFhMhV4/Tx2HrBBpSVI/AAAAAAAADAU/s091yXMU7Cw/s1600/arton2258.jpg"&gt;&lt;img style="display:block; margin:0px auto 10px; text-align:center;cursor:pointer; cursor:hand;width: 400px; height: 215px;" src="http://1.bp.blogspot.com/-ulC9YFhMhV4/Tx2HrBBpSVI/AAAAAAAADAU/s091yXMU7Cw/s400/arton2258.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5700861876400376146" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Bonjour à tous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;France 3 diffuse le mercredi 25 janvier à 20h35 le documentaire de Juliette Cahen, "Bon pour le service militaire" auquel j'ai participé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;BON POUR LE SERVICE MILITAIRE&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong style="font-weight: normal;"&gt;&lt;em&gt;Un documentaire de Philippe Bernard et Juliette Cahen&lt;br /&gt;Réalisé par Juliette Cahen&lt;br /&gt;Une coproduction : INA et Point du Jour, avec la participation de France 3&lt;br /&gt;Montage : François Althabegoïty et Yann Coquart&lt;br /&gt;Commentaires : Gaspard Proust&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faire son service militaire, pour chaque jeune Français, pendant des   générations cela a été un passage obligé. A vingt ans, on donnait un an   de sa vie pour apprendre à défendre la patrie. On quittait ses parents,   sa copine, ses amis... On attendait la convocation. On arrivait à la   caserne. On passait l’uniforme. Ça y est, on y était. On faisait son   service militaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis l’an 2000, il n’y a plus d’appelés, plus de bidasses. Certains   pensent que la jeunesse d’aujourd’hui aurait bien besoin d’être encadrée   et de donner du temps pour le pays. Ils regrettent cette occasion   unique quand les enfants de la France d’en haut se mêlaient à égalité à   ceux de la France d’en bas, toute couleur confondue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais alors pourquoi a-t-il disparu le service militaire ?&lt;br /&gt;Pour tous, le service ça commençait avec les classes : on apprenait à   saluer, à marcher au pas, à tirer, à obéir aux ordres sans poser de   questions, à faire son lit au carré, puis au bout de trois mois, on   était incorporé, et on comptait les mois qui restaient entre les   permissions et les punitions, en attendant la quille, le jour zéro, la   délivrance finale...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nostalgie de ceux qui regrettent la disparition de ce rite de passage   fait-elle bon ménage avec la réalité évoquée par nos témoins et que   font revivre les films super 8 qu’ils en ont rapportés ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Bon pour le service militaire" est une plongée dans cette expérience   intime et collective du service militaire racontée par ceux qui l’ont   fait en temps de paix. Leurs récits sont une plongée dans l’imaginaire   et le vécu des jeunes de ces cinquante dernières années, les rêves et   les combats des générations qui se sont succédées, depuis la génération   volontaire des années 60, à celle contestataire des années 70, et   jusqu’à celle plus diverse et individualiste des années 90, en fait une   page de l’Histoire de France.&lt;br /&gt;   &lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;DEBAT&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce documentaire sera suivi d’un débat animé par Samuel Etienne&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-5551755027595116069?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/5551755027595116069/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=5551755027595116069' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5551755027595116069'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5551755027595116069'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2012/01/bon-pour-le-service-militaire-sur.html' title='&quot;Bon pour le service militaire&quot; sur France 3'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-ulC9YFhMhV4/Tx2HrBBpSVI/AAAAAAAADAU/s091yXMU7Cw/s72-c/arton2258.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-6400005285162712702</id><published>2009-03-25T00:44:00.000-07:00</published><updated>2009-03-26T04:00:46.744-07:00</updated><title type='text'>This is the end (2)</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/ScnnTQ2sOSI/AAAAAAAAA38/dTHWnRtnuMU/s1600-h/fin+2.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5317035153215469858" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 400px; CURSOR: hand; HEIGHT: 168px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/ScnnTQ2sOSI/AAAAAAAAA38/dTHWnRtnuMU/s400/fin+2.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je n’ose y croire. Plus qu’une journée à tirer. La parenthèse va se refermer pour toujours. J’ai l’impression de revivre le jour où j’ai eu mon bac. Un sentiment de soulagement inouï. Quand j’y pense, c’est dingue : demain, je me lève à midi et je ne passe pas le balai. Et même, si je veux, je sors le soir ! Fou, non ? Et avant d'aller chez le coiffeur et de me raser, Madame Machin aura eu le temps de traumatiser plusieurs de mes successeurs (ce qui expliquera mon look un peu négligé dans les deux années qui suivront).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma fin de service ressemble à une fin d’année scolaire. Mes supérieurs se montrent indulgents à mon égard, la discipline se relâche. Le masque de Madame Machin va-t-il tomber ? Le sergent Chose va-t-il me proposer une partie endiablée de Monopoly ? Va-t-on laisser sonner le téléphone pendant que nous échangerons nos souvenirs de soldats ? Euh… non. N’exagérons rien. Je sais malgré tout qu’ils tiennent à marquer le coup en respectant la tradition du pot d’adieu. On ne va pas rater une occasion de picoler !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En montant à bord du train à la Gare de l’Est le dimanche soir, j’avais donc dans mon sac cinq bouteilles de vin blanc. Une pour chacun, me direz-vous (Madame Machin, adjudant-chef Truc, sergent Chose, sergent Bidule et moi) ? Non, ce serait mentir, les gens de la météo sont relativement sobres. Mais il y a aussi le pot avec les copains ! En arrivant en car à l’entrée de la base, je fus pris d’une angoisse. Pour ma dernière semaine à l’armée, je faisais quelque chose d’illégal… eh oui, car l’alcool est interdit ! Ce n’est pas flagrant quand on a passé quelques mois sur place mais c’est pourtant vrai. Et s’il prenait l’envie aux gardes de fouiller nos bagages ? Je me suis rassuré en me disant qu’au pire je m’en tirerai avec quatre bouteilles en moins. J’ai finalement passé le poste-frontière somalien sans encombre…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La veille de mon départ, je fête donc la quille avec mes potes qui ont, eux, encore un mois à tirer. Ils ne m’en veulent pas de les quitter si tôt mais envient mon statut de « libéraaaaable ! ». Nous évoquons nos souvenirs, nous imitons quelques gradés, nous vidons trois bouteilles, nous ne retenons aucun de nos rots et nous nous couchons à pas d’heure. Autant dire qu’à 5h20 le lendemain matin, j’ai un parpaing en guise de front. Mais qu’importe ! C’est aujourd’hui que je redeviens un civil !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis presque ému en reposant une ultime fois mes crayons de couleur. Presque. Madame Machin m’amuse beaucoup quand, à la fin de mes TIC (les derniers !!!!), elle me demande de nettoyer les barreaux de la rampe d’escalier menant à notre étage. Du style, « &lt;em&gt;tant que je vous ai sous la main&lt;/em&gt; ». Je n’ai jamais été très zélé pour les tâches ménagères (à son grand étonnement, d’ailleurs) mais le dernier jour, il en est encore moins question.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et si je ne le fais pas, qu’est-ce qui se passe ? je lui demande, avec toute la morgue d’un James Dean de Meurthe-et-Moselle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ouvre la bouche sans rien dire en haussant les sourcils, puis détourne la tête. Elle n’insiste pas. Yeeeeessssss !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la matinée, on me laisse vaquer à mes occupations. Je décide d’aller saluer quelques collègues avant le grand départ. L’un d’eux, Jean-Luc, travaille au secrétariat d’un des lieutenants-colonels de la base (pas le « mien », un autre). Je tombe sur lui dans un couloir, nous discutons quand arrive le lieut-co. Il échange quelques mots d’ordre professionnel avec mon copain puis, ne croulant visiblement pas sous le travail, décide de tailler le bout de gras avec nous. Chouette. C’est lui qui parle. Nous écoutons le sermon sur la montagne avec dévotion. Je ne sais comment nous en sommes arrivés là, mais je me souviens précisément qu’il a tenu à nous faire part de son opinion sur l’inutilité de la philosophie au lycée. « C’est &lt;em&gt;un prof qui va nous apprendre à réfléchir ? Non mais, franchement !&lt;/em&gt; » dit-il, sans rire. Et de préciser fièrement qu’il bâclait ses disserts en trente minutes avant d’aller lire « Paris-Match » à la bibliothèque. Une leçon de vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me dirige ensuite vers l’infirmerie où officie Frank avec qui j’ai sympathisé. Je le trouve dans le bureau où sont rangés les dossiers médicaux des appelés. Vu la confidentialité des informations, il est interdit à toute personne étrangère au service d’y pénétrer et une grosse ligne rouge sur le pas de la porte est la limite à ne pas franchir. Je le sais et je trouve ça normal. Je reste à l’entrée de la pièce, le dos contre le chambranle et je parle avec Frank. Arrive un de ses collègues, un troufion comme nous qui ne répond pas à mon bonjour et remarque que mon pied droit est au-delà de la ligne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-On n’a pas le droit de rentrer dans cette pièce, me dit-il en désignant du doigt la frontière écarlate.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce type-là a dû passer sa vie antérieure dans un mirador de Berlin-Est et il devait être sacrément bon dans son boulot. Je soutiens son regard de bouledogue et m’apprête à grogner plus fort que lui quand le responsable du service fait son entrée. Il me regarde et se demande si je travaille pour lui, puis réalise que non et m’ignore. Il entreprend mon garde-chiourme, qui en oublie de me faire rétracter mon pied droit. Bien lui en prend car j’aurais eu deux trois trucs à balancer en présence de son chef. Notamment que les appelés de l’infirmerie, si prompts à empêcher l’accès aux dossiers médicaux, ne se gênent pas pour échanger entre eux des infos confidentielles sur les bidasses. Nous avons déjà surpris des conversations éloquentes à la cantine qui relèveraient du conseil de discipline. Passons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est 11h40, il ne va pas falloir que je traîne. Je retourne à la météo où je soupçonne que mes supérieurs m’attendent de pied ferme, un verre à la main. Mais une fois sur place, je constate que mon pot d’adieu n’est pas leur préoccupation première. Le sergent Chose est absent, l’adjudant-chef Truc lit son journal et Madame Machin range des dossiers. Je propose timidement que l’on boive un p’tit coup maintenant. Ils relèvent la tête, je lis dans leurs yeux « ah oui, c’est vrai ! ». Eh, si ça vous embête, vous me le dites ! Bon gré mal gré, ils se lèvent et nous nous dirigeons vers la salle de télé. J’ouvre une bouteille et remplis généreusement les verres. Madame Machin va juste tremper ses lèvres, l’adjudant-chef Truc finira son godet par réflexe. Je sens bien qu’ils sont là par tradition et non par enthousiasme. Un silence gêné s’installe. Puis, ma supérieure se met à me poser des questions sur mes projets. Trois heures et vingt minutes avant mon départ, elle semble découvrir que je ne suis pas qu’un technicien de surface chargé de passer la serpillière. J’aurais aimé lui répondre que j’allais enfin débuter ma vie professionnelle après neuf mois de perdu à faire du coloriage et à l’écouter me parler de ses enfants. Mais je m’abstiens. Après dix minutes de néant, je range les bouteilles et je pars prendre mon dernier déjeuner gastronomique : carottes râpées, steak haché, flageolets, banane. Gloups !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toujours aussi cool, l’adjudant-chef Truc m’annonce à mon retour que je peux partir plus tôt, disons vers 15h. Je l’aime, lui ! L’œil vissé sur la pendule, je ne peux m’empêcher de regarder une dernière fois la salle de la météo non sans émotion. Je revis quelques moments : l’organisation de la séance de diapos pour le général, ma prise de bec avec l’adjudant-chef Gling-gling, la formation du nouvel appelé, le sketch de la tache au sol que je n’avais pas vue… ah, toute une époque ! Je vois une dernière fois le tiroir où le sergent Bidule cachait ses bouteilles de calva. J’ai presque envie d’emporter mes crayons de couleur avec moi. Je résiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vers 14h45, n’y tenant plus, je me lève et pars me changer dans la salle de repos. L’idée de prendre l’escalier du bâtiment puis de traverser la base en jean, baskets et blouson, me remplit de joie. Je suis un Hell’s Angel dans une communauté de Mormons. Je salue Madame Machin puis l’adjudant-chef Truc, ils me souhaitent bon courage pour l’avenir, je ne sais que leur dire en retour... Je quitte le bâtiment, comme ivre. Je marche d’un pas vif, il fait beau. Tout cela va se finir… Je suis pris d’une angoisse : et si les services secrets de l’armée avaient enquêter sur mon dossier de libération anticipée ? Et s’ils avaient fait subir un interrogatoire au troisième degré à mon oncle et qu’il ait avoué que ce contrat de serveur dans son restaurant était bidon ? J’accélère le pas, le regard baissé, le souffle court. Au bout de dix minutes, je lève un œil au loin : la porte principale m’apparaît à moins de cent mètres. Pas de comité de réception à signaler, pas de mitrailleuse montée sur des sacs de sable pointée dans ma direction. Je continue d’avancer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un des gardes me voit et se demande bien ce que je peux faire en civil à cet endroit à trois heures de l’après-midi. J’ai la gorge sèche. Je lui montre mon papier de sortie, il opine du chef et… les grilles s’ouvrent !! Pour moi !!! J’avance. Je mets un pied dehors, puis un autre. JE SUIS LIBRE !!!!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Libre mais pas encore parti. Car un jeudi à 15 heures, aucun bus n’est prévu. Je dois donc faire du stop. Cela ne m’inquiète pas, je me sens léger, léger, léger… Au bout de dix minutes de vaine attente, j’entends les grilles de la base se rouvrir. Ça y est, mon tonton a craqué, il a tout balancé ! Ils ont utilisé du penthotal, ah les vaches ! Je ne me retourne pas. Au pire à la première sommation, je traverse la route et je me précipite dans le bois. J’entends un bruit de moteur. Une voiture s’arrête près de moi, je suis fait !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je vous dépose ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je baisse la tête, terrorisé. Un adjudant que je ne connais pas me propose de me prendre en stop ! Et si c’était une émule de l’adjudant-chef Chanal, le suspect dans l’affaire des « disparus de Mourmelon » ? Je retrouve mes esprits et j’accepte. Il ne va pas à Toul mais peut me laisser à un carrefour à quelques kilomètres. Je monte, il démarre et je regarde une dernière fois la base aérienne 136 de Toul-Rosières. On n’imagine pas à quel point c’est beau, une base que l’on ne verra plus jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;‘On’, c’est un con, comme disait un de mes adjudants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;**********************************&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, c’est terminé !! Je crois avoir épuisé mes souvenirs militaires (et réglé tous mes comptes). J’espère que vous avez suivi mes aventures avec autant de plaisir que j’ai eu à les écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La base de Toul est fermée depuis 2004. D’après Wikipédia, « &lt;em&gt;elle accueille périodiquement des évènements de masse, comme des raves ou des rassemblements évangéliques tziganes &lt;/em&gt;»… Des chevelus drogués et des romanos occupant la base ! Les anciens gradés ont dû tomber à la renverse en entendant cela ! Jouissif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je remercie tous ceux qui ont été fidèles à ce blog et qui ont laissé leurs commentaires. Je n’ai pas toujours été très régulier et je m’en excuse. Ma prochaine étape va être de publier ces textes dans un recueil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rompez !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Philippe Lombard &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-6400005285162712702?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/6400005285162712702/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=6400005285162712702' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6400005285162712702'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6400005285162712702'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2009/03/this-is-end-2.html' title='This is the end (2)'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/ScnnTQ2sOSI/AAAAAAAAA38/dTHWnRtnuMU/s72-c/fin+2.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-564945215569239398</id><published>2009-02-08T06:04:00.000-08:00</published><updated>2009-02-08T06:12:06.396-08:00</updated><title type='text'>"This is the end…" (1)</title><content type='html'>&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SY7mqh88vNI/AAAAAAAAAv0/2SAXSu094Io/s1600-h/NumÃ©riser0004.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5300427429804555474" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 278px; CURSOR: hand; HEIGHT: 400px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SY7mqh88vNI/AAAAAAAAAv0/2SAXSu094Io/s400/Num%C3%A9riser0004.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’émotion est grande : j’entre dans un bureau pour récupérer mon autorisation de sortie définitive. Définitive, j’aime ce mot. Dans deux jours, je quitterai la base de Toul-Rosières après neuf mois de service actif (neuf au lieu de dix car je pars avec un mois d’avance) dont huit consacrés à la météo (enfin, disons quatre puisque étant en 5-9, je n’étais là que la moitié du temps)… Qui a dit « planqué » ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gradé moustachu me donne un « extrait de l’état des services » où il est indiqué que l’aviateur 1ère classe Lombard est « libéré &lt;em&gt;de ses obligations légales d’activité, placé en permission libérable par son commandant d’unité le 30.08.96, rayé des contrôles de la base aérienne 136 de Toul et de l’armée de l’air le 01.10.96.&lt;/em&gt; » Yes ! Ça a marché ! Je suis « &lt;em&gt;libéré&lt;/em&gt; » et « &lt;em&gt;rayé&lt;/em&gt; » ! Rajoutez « &lt;em&gt;éliminé&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;renvoyé&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;éjecté&lt;/em&gt; » ou même « &lt;em&gt;banni&lt;/em&gt; » si ça vous chante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On me délivre un « Certificat de pratique professionnelle » qui énumère mes diverses activités et mes compétences (déjà évoquées &lt;a href="http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/07/mondo-mto-1.html"&gt;ici&lt;/a&gt;), au cas où j’aurais une irrépressible envie de travailler à Météo-France ou d’être prof de dessin dans une maternelle. Ou taste-vin, peut-être, mais ça, le certificat n’en fait pas mention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai aussi droit à un « Certificat de bonne conduite ». Ça, c’est la classe ! À rendre jaloux mes copains P4 qui n’ont pas goûté aux joies de la chose militaire. Un truc à faire tomber accidentellement d’un dossier pendant un entretien d’embauche puis, une fois la situation de rêve obtenue, à encadrer dans l’entrée de son appartement pour impressionner les invités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, je reçois une petite brochure sobrement intitulée « Notice particulière du réserviste de l’armée de l’air ». Une merveille. Un bonbon au miel. Un guide de savoir-vivre, en quelque sorte, pour les anciens troufions qui, si je comprends bien ce qui est écrit, ne couperont jamais les ponts avec l’armée. Comme dans la mafia ou le Ku Klux Klan. Cela commence par un avant-propos informatif plutôt plaisant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Vous venez de quitter l’armée de l’air, soit à l’issue de votre service militaire actif, soit après un engagement de courte durée.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, c’est ça. So long, guys ! Puis, sans crier gare, la notice pète les plombs et tout est écrit en majuscules :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;VOUS FAITES MAINTENANT PARTIE DE LA RÉSERVE ET DEVEZ CONNAITRE LES OBLIGATIONS AUXQUELLES VOUS ASTREINT LA LOI, AINSI QUE LES RÉGLEMENTS AUXQUELS VOUS SEREZ SOUMIS. &lt;/em&gt;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh, si je veux, d’abord ! On croirait lire une affiche vichyste, ça donne envie de rejoindre le maquis…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;VOUS DEVEZ CONNAITRE ÉGALEMENT LES POSSIBILITÉS QUI VOUS SONT OFFERTES SI VOUS DÉSIREZ MAINTENIR DES CONTACTS AVEC L’ARMÉE DE L’AIR.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah ah ah ah ah ! Vous m’avez bien eu, là ! Sacrés farceurs ! Vous êtes pas les derniers pour la déconnade ! Bon, je continue à « picorer »…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;En quittant le service actif, vous avez fait une déclaration de domicile. LA LOI VOUS IMPOSE DE SIGNALER PAR LA SUITE TOUS VOS CHANGEMENTS DE DOMICILE ET DE RÉSIDENCE. (…) De même, TOUT CHANGEMENT DANS VOTRE SITUATION FAMILIALE OU PROFESSIONNELLE DOIT ÊTRE SIGNALÉ à l’aide de la carte de liaison jointe au MÉMENTO DU RÉSERVISTE.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et quand je pars en week-end, je laisse un numéro d’urgence ? Et le jour où je me marie, je dois inviter le lieutenant-colonel à la noce ou juste au vin d’honneur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Si vous voulez conserver un contact avec votre arme et avec des anciens, vous pouvez participer à de nombreuses activités « indirectes », strictement volontaires.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui, comme quoi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Votre inscription dans un Centre Air de Perfectionnement et d’Information des Réserves et le suivi des activités proposées par celui-ci vous permettront de concourir pour l’avancement dans la réserve et pour l’obtention de récompenses diverses (Témoignages de satisfaction, Médaille des Services Militaires Volontaires).&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hmm, c’est bon ça, coco, continue…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Le CAPIR vous permettra également de vous tenir au courant du développement, de l’activité et du fonctionnement de l’Armée de l’Air et aussi d’élargir vos connaissances sur tout le système de Défense de la France. Hormis cette information, et si vous avez l’esprit curieux…&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi, comment ? « &lt;em&gt;si vous avez l’esprit curieux &lt;/em&gt;» ? Mais c’est qu’on est facétieux ! C’est connu, dans l’armée, on est ouvert et on encourage la curiosité. Je m’en suis bien rendu compte tout au long de l’année (et surtout pendant les classes, le fameux « &lt;em&gt;Mais… pourquoi ? Parce que !!!&lt;/em&gt; »).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;Hormis cette information, et si vous avez l’esprit curieux&lt;/em&gt; », donc, «&lt;em&gt; les Associations des réservistes de l’Armée de l’Air en liaison avec les CAPIR vous donneront la possibilité de participer à des visites d’établissements relevant de la Défense Nationale…&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah, retourner à Toul en simple visiteur ne manquerait pas de sel. Mais je doute qu’une base située au milieu de nulle part figure au programme des excursions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;… et d’assister à des conférences de haut niveau sur tous les grands problèmes de notre temps.&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des médailles, des visites, des conférences… C’est drôle qu’on n’ait pas eu droit à tout ça pendant le service. « &lt;em&gt;Oui, c’est vrai, on vous a bien pourri une année de votre vie mais qu’est-ce que vous vous voulez, c’était les ordres ! Promis, si vous revenez plus tard, on vous bichonnera !&lt;/em&gt; » Pas très commerçant, tout ça…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, au chapitre « Renseignements divers », je trouve la sous-rubrique « Documents à détenir » :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« &lt;em&gt;VOUS DEVEZ TOUJOURS DÉTENIR :&lt;br /&gt;-la carte du Service National&lt;br /&gt;-le Mémento du Réserviste&lt;br /&gt;-un fascicule de mobilisation&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis dubitatif mais en me reportant au dit « fascicule de mobilisation » (un document format carte postale), je lis avec stupéfaction : « &lt;em&gt;Tout homme qui se déplace doit emporter avec lui le présent fascicule.&lt;/em&gt; » Et si je descends chercher le courrier, ça compte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, en résumé :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je quitte l’armée mais j’y suis encore.&lt;br /&gt;-Quoique je fasse, où que j’aille, j’en avertis l’armée.&lt;br /&gt;-Si je suis pris de nostalgie, l’armée s’occupe de tout.&lt;br /&gt;-Je dois avoir constamment sur moi les preuves de mon passé militaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La version psychanalytique en serait :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je quitte la maison familiale mais je resterai toujours le fils à ma maman.&lt;br /&gt;-Avant de partir en vacances ou de sortir avec une fille, j’appelle maman.&lt;br /&gt;-Si je suis tristoune, maman me fera un rôti de porc aux flageolets.&lt;br /&gt;-Je dois avoir constamment sur moi une photo de ma maman.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je m’émancipe quand, moi ?&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-564945215569239398?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/564945215569239398/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=564945215569239398' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/564945215569239398'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/564945215569239398'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2009/02/this-is-end-1.html' title='&quot;This is the end…&quot; (1)'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SY7mqh88vNI/AAAAAAAAAv0/2SAXSu094Io/s72-c/Num%C3%A9riser0004.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-1080943390118083728</id><published>2009-02-03T02:33:00.000-08:00</published><updated>2009-02-03T08:53:41.986-08:00</updated><title type='text'>L’Ancien et le Nouveau</title><content type='html'>&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SYgdro3WdpI/AAAAAAAAAvM/itmcckoMiu8/s1600-h/NumÃ©riser0001.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5298517597142546066" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 262px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SYgdro3WdpI/AAAAAAAAAvM/itmcckoMiu8/s320/Num%C3%A9riser0001.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;1er août 1996. J’entame mon dernier mois à la base aérienne 136 de Toul-Rosières. Mon dossier de demande de libération anticipée a été accepté. À partir du 1er septembre, je serai serveur dans un restaurant… sauf que le restaurant est tenu par mon tonton Robert et que je n’y mettrai les pieds que pour un anniversaire ou le réveillon de Noël ! L’adjudant-chef Truc m’a indiqué la marche à suivre et tout a fonctionné comme sur des roulettes. Il m’a cependant précisé de ne pas mettre au courant ses collègues, très à cheval sur le règlement. Je joue donc la comédie. Et je sens bien qu’ils sont déçus. Après leur avoir parlé de mes projets journalistiques, je ne suis que serveur. Un stage dans un grand quotidien ou une place à « Paris-Match » auraient permis au service météo de connaître les retombées de ma gloire soudaine. On est toujours fier du p’tit gars du pays qui réussit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ils ont tenu à faire un geste avant mon départ. Tout contents, ils m’annoncent fièrement que je passe 1ère classe à compter de ce jour. 1ère classe ! Même pas un grade, non, une « distinction » que tout le monde reçoit au bout de 2 ou 3 mois… et que j’obtiens au 9ème. Quelle humiliation ! Le cinéaste qui se voit décerner « le grand prix de la présence » pour s’être tapé tous les films du festival de Cannes. Maigre consolation, je vais toucher 110 francs de plus. À peu près ce que me coûteront les bouteilles pour mon pot de départ obligatoire à la météo. Des pervers, je vous dis, des pervers !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis pas au bout de mes surprises puisqu’on me présente mon remplaçant, un appelé fraîchement arrivé que je dois former. Oui, oui, « former » ! Alors là tu vois, mon gars, faut faire super gaffe de ne pas dépasser quand tu colories en bleu les courants froids. Quand tu photocopies les cartes météo du matin, vérifie bien que des petits malins n’ont pas dessiné des phallus au verso. Une fois que tu as accroché les cartes au mur, tu prends ton café et tes croissants dans la pièce à côté en regardant la télé. Vers 8h30, tu passes le balai et la serpillière… Voilà, je crois que je n’ai rien oublié… Ah si, « Les Mystères de l’Ouest », c’est à 14h30 ! Et au fait, on t’a dit que tu ne venais qu’une semaine sur deux ? Non ? Ben voilà qui est fait !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gars n’en revient pas. Ah c’est sûr, s’il espérait rendre des services à son pays, il court à une déception. En allant déjeuner à la cantine, je lui fais part de la face B : les obsessions de Madame Machin, la nonchalance de l’adjudant-chef Truc, la rigidité du sergent Chose et l’érotomanie du sergent Bidule. Nous sympathisons et très vite, nous décidons de nous partager le travail. Pas les coloriages, bien sûr, mais en cette période estivale, je remplace l’appelé chargé du courrier. Matin et après-midi, il faut aller chercher un sac au bureau postal et le ramener au service administratif du bâtiment. Michel, c’est son prénom, est d’accord pour commencer dès maintenant. De retour à la météo, je vaque à mes occupations lorsque Mme Machin m’interpelle avec sa voix de déesse de l’amour :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et alooors ? Z’oubliez pas d’aller chercher le courrier ?&lt;br /&gt;-C’est Michel qui s’en occupe, dis-je sans relever la tête, trop concentré à écrire une lettre à ma dulcinée.&lt;br /&gt;-Mais vous le prenez pour qui ? C’est pas votre larbin !!! hurle-t-elle comme si elle voulait absolument me fourguer son stock de cabillaud.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trop c’est trop ! Désolé, chérie, mais je reprendrai ma phrase plus tard, l’affaire est trop grave. Je hausse la voix et explique à Mme Machin qu’effectivement, Michel n’est pas mon larbin et que nous avons décidé d’un commun accord de nous partager les corvées. « &lt;em&gt;C’est pas votre larbin !!!&lt;/em&gt; » Cette phrase va me hanter et m’agacer des jours durant. De sa part, c’est énorme ! Comme un négrier qui me lirait la Déclaration des Droits de l’Homme. Mon ton la remet à sa place et elle comprend qu’elle est allée trop loin. Mais comme elle ne sait pas s’arrêter, elle se dirige vers l’adjudant-chef Truc qui n’en demandait pas tant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ah ouais, parce que les anciens souvent, ils profitent bien des nouveaux, ah, ah ! dit-elle sans me regarder. Ils leur font croire ce qu’ils veulent, tu penses !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut dire qu’arriérés comme ils sont, les « nouveaux », nous les « anciens », on aurait tort de se priver de les humilier. C’est si jouissif. « &lt;em&gt;Va donc voir là-bas si j’y suis !&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;OK !&lt;/em&gt; » ; « &lt;em&gt;C’est ta semaine de serpillière&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;Ah d’accord&lt;/em&gt; » ; « &lt;em&gt;Donne-moi ta purée !&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;Tiens !&lt;/em&gt; ». Je découvre donc deux nouvelles sous-catégories dans lesquelles sont répartis les appelés : les anciens et les nouveaux. Autrement dit, les cyniques et les simplets, les loups et les agneaux… Je ne saurais dire à quel moment de mon service, je suis passé d’un état à l’autre. Une fois que j’ai eu saisi toutes les subtilités de la psychologie militaire ? Non, je serai devenu « ancien » au bout d’une heure, ce n’est pas ça. Ou bien cette transformation s’opère-t-elle quand un appelé vient pour vous remplacer ? Traumatisé d’être ainsi jeté comme une vieille chaussette, vous vous vengez sur lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Exaspéré par la remarque de ma chef, je me console en pensant que demain, c’est vendredi ! Il existe deux horaires de départ, l’un à 15h30, l’autre à 16h15. On me laisse souvent partir au premier. Cette fois, nous sommes deux et, quota de places oblige, nous ne pouvons partir à la même heure. Nous discutons et Michel, qui habite plus près, est d’accord pour me laisser partir avant lui. Cool, je te revaudrai ça. C’était compter, bien sûr, sans l’interventionnisme de ma hiérarchie. Quand ils apprennent la nature de notre accord, Madame Machin, le sergent Chose et même l’adjudant-chef Truc me tombent dessus et le sketch de l’ancien et du nouveau recommence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-C’est pas parce que c’est un nouveau qu’il faut l’arnaquer, hein ! Tu lui as dit quoi, que c’était le règlement, c’est ça ? Ah c’est toujours comme ça, les anciens, ils pressent les nouveaux comme des citrons, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une arme, vite ! Un crayon de couleur dans l’œil, ça fait mal ? Dans l’état de nerfs dans lequel je me trouve, j’ai envie de hurler. Mais à coup sûr, je ferais éclater les bouteilles de Pernod et c’est à moi que reviendrait la tâche de tout nettoyer. Ne rien dire, se retenir, éviter de croiser le regard triomphant de Madame Machin, et d’apercevoir le rictus en coin du sergent Chose. Michel part donc avant moi et je reste quarante minutes face à mes bourreaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dur, très dur…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-1080943390118083728?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/1080943390118083728/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=1080943390118083728' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1080943390118083728'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1080943390118083728'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2009/02/lancien-et-le-nouveau.html' title='L’Ancien et le Nouveau'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SYgdro3WdpI/AAAAAAAAAvM/itmcckoMiu8/s72-c/Num%C3%A9riser0001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-1158301009577513918</id><published>2009-01-27T13:00:00.000-08:00</published><updated>2009-01-28T00:32:21.322-08:00</updated><title type='text'>Libéraaaaable !!!</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SX92cWuPd6I/AAAAAAAAAt8/T5NxX4NU2c4/s1600-h/2019_new_york_haut.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5296081916318939042" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 157px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SX92cWuPd6I/AAAAAAAAAt8/T5NxX4NU2c4/s320/2019_new_york_haut.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ça y est, cette fois c’est la guerre ! Les hostilités ont commencé. Et il ne s’agit pas d’un conflit pépère avec des types casqués qui doivent prendre d’assaut une colline. Non, là on est dans la frappe nucléaire. L’apocalypse maintenant. Tout le monde va être soufflé et réduit en miettes, comme dans le cauchemar de Sarah Connor dans « Terminator 2 ». Et moi dans tout ça ? Eh bien, il semble que je suis le seul survivant. Tranquillement assis dans le bunker souterrain situé près de la piste d’aviation de la base de Toul, je réalise que je suis l’avenir de l’Humanité. Dans trois mois, amaigri, je sortirai. Je remettrai en marche une vieille moto et je parcourrai ce qui reste du pays, un bandeau « Peace » autour de la tête et deux fusils croisés dans le dos. Cool.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le bruit de la poignée de la porte du bunker me fait sursauter. Qui va là ? Deux options s’offrent à moi : des ennemis en combinaisons antiradiations mitraillettes au poing ou des mutants, fruits de l’accouplement de survivants zombifiés avec des chèvres atomisées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon, je vous remplace !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah ben non, tiens ! C’est la sergent-chef Choubidou, la gradée sympa responsable du service administratif du bâtiment. L’air frais qui pénètre dans cette pièce bétonnée tout en longueur qui ressemble à un bus sans fenêtres, me rappelle pourquoi je suis ici : nous sommes en plein exercice de simulation d’attaque nucléaire. Je ne suis pas statisticien mais les probabilités qu’une bombe nous tombe sur le caillou me semblent peu nombreuses. Cela dit, je ne saurais trop conseiller à nos ennemis d’atomiser les bases militaires françaises à l’heure de l’apéro, ce qui laisse trois possibilités (9h, 11h30, 15h) et assure l’élimination de la totalité des sous-officiers et des officiers qui refuseront d’écourter leur dégustation de Ricard au moindre déclenchement de sirène.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La sergent-chef Choubidou s’installe et sort un tricot ! Quitte à rester ici une heure, autant faire quelque chose d’utile, c’est vrai. Pour ma part, j’ai tenté de faire un bilan de mon service militaire qui va s’achever dans un mois. On disait autrefois qu’on devenait un homme après être passé sous les drapeaux. Mais ayant été exempté de la marche au pas et ayant raté la cible lors de la séance de tir, je ne sais si ce but a finalement été atteint. On dit aussi que le service permet d’apprendre des choses, voire un métier. Si colorier en rouge et en bleu des cartes météo est une profession, alors je peux me lancer dans la carrière ! Sinon, lire et écrire, régler son réveil, se laver les dents, ouvrir une porte, s’asseoir sur une chaise et boire du vin blanc, je savais déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais moi, suis-je différent ? Un déclic s’est-il opéré dans ma tête ? Y aura-t-il un « avant » et un « après » ? J’ai le souvenir, au tout début de mon affectation, d’avoir proposé au sergent Chose de faire du café. « Oui, mais vous remettez votre pull ! » m’avait-il dit, révulsé par la présence de mon pull réglementaire sur les épaules. Grunge ! J’avais obtempéré, pas fier, avant de réaliser avec soulagement que j’avais encore des réflexes de type normal. Plus tard, en croisant le lieutenant-colonel dans l’escalier, je le gratifiai d’un « B’jour ! » tandis que le bidasse à mes côtés se fendait d’un « Mes devoirs ! » (qui n’est en fait à adresser qu’aux généraux). Alors que mes obligations militaires se terminent, je constate que j’ai toujours gardé cette ligne de conduite. Pas de déférence, pas de soumission, pas d’obséquiosité. Libre comme le vent, la tête haute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, je dois bien avouer que mon comportement a parfois été influencé, non pas par les gradés mais par d’autres appelés. Avec deux camarades (du même milieu que moi, la mixité sociale chère à nos gradés n’est qu’un doux rêve), nous nous sommes souvent amusés à imiter nos congénères. Les plus « pittoresques », bien sûr, ceux dont la psychologie est inscrite sur le visage, ceux qui parlent fort et mal. Du haut de notre piédestal, nous les observons avec malice et reproduisons entre nous leurs expressions et attitudes. Notre mot préféré est celui prononcé par les appelés ayant pratiquement terminé leur service, les « libérables ». Pour partager leur joie d’être bientôt démobilisé, ils hurlent dans les allées de la base « Libérable ! ». Mais ce cri vient de l’intérieur, il part des tripes sans passer par le cœur (ni d’ailleurs le cerveau) et se transforme en un rauque « …aaaable !! ». Dans les dernières semaines, nous avons bien entendu utilisé nous aussi ce cri de ralliement en nous rencontrant chaque jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En regagnant notre bâtiment, nous prenons de grosses voix, nous jurons, nous chantons des chansons à boire, nous rotons haut et fort… Mais un jour, nous réalisons qu’à force d’imitation, de second degré et de caricature, il est difficile pour les nouveaux arrivants de nous dissocier de ceux que nous singeons. Nous nous reprenons à temps. L’armée n’aura pas fait de nous des hommes, c’est entendu, mais elle ne nous aura pas non plus complètement abrutis. Non mais sans blague ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-1158301009577513918?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/1158301009577513918/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=1158301009577513918' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1158301009577513918'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1158301009577513918'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2009/01/liberaaaaable.html' title='Libéraaaaable !!!'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SX92cWuPd6I/AAAAAAAAAt8/T5NxX4NU2c4/s72-c/2019_new_york_haut.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-6276813283576544742</id><published>2008-12-31T08:01:00.001-08:00</published><updated>2008-12-31T08:04:47.685-08:00</updated><title type='text'>Home, Sweet Home</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVuXibzJ1hI/AAAAAAAAAjk/8-MK1FwbMH4/s1600-h/charlots.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5285985205483066898" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 190px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVuXibzJ1hI/AAAAAAAAAjk/8-MK1FwbMH4/s320/charlots.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Le soir, après la fermeture du Foyer vers 20h, je regagne mon bâtiment. Je grimpe trois marches, je pousse une double porte et me voilà dans un long couloir jaune pipi éclairé au néon. L’architecte devait concevoir les bâtiments administratifs de la RDA avant de passer à l’Ouest. À ma gauche, le bureau du gradé (un caporal-chef ou un sergent, différent chaque semaine) chargé de nous encadrer. Ses missions : répartir les TIC (Travaux d’Intérêt Collectif) du jour et éteindre les lumières à 23h. Pas trop stressant, quoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je passe devant sa vitre (un vrai petit guichet de gare), il m’alpague toujours avec un « &lt;em&gt;Hep, vous là ! V’nez donc vous inscrire pour les TIC de d’main. Il me manque justement quelqu’un pour les toilettes !&lt;/em&gt; » Je m’approche alors de l’insolent, aussi sûr de moi que peut l’être Belmondo quand il s’apprête à balancer une réplique d’Audiard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Désolé, mais je travaille à la météo, dis-je sans en dire plus, histoire de l’appâter gentiment.&lt;br /&gt;-Et aloooors ? Vous vous croyez privilégié ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il mord à l’hameçon. Il s’imagine avoir affaire à une forte tête qu’il va pouvoir mater. Je sors alors ma botte secrète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Non, mais je commence à 6h et je dois partir du bâtiment à 5h45.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes collègues se lèvent à 7h et doivent lessiver les couloirs, les chambres ou les sanitaires entre 7h15 et 7h30. Je ne peux donc pas participer à cette grande croisade de la propreté, étant déjà au turbin depuis plus d’une heure. Imparable. Le gradé bafouille deux ou trois mots de repentir et je repars comme un prince.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste après son bureau se trouve la salle de télé. Haut-lieu de la culture troufionne et seule alternative proposée dans le bâtiment aux concours de pets ou de bras de fer dans les chambres. Certains s’y précipitent dès leur arrivée le dimanche soir pour ne pas rater le ciné-club de M6 (cycle « porno soft italien »), d’autres n’y pénètrent que pour regarder les matchs de foot. Personnellement, je ne m’y montre que pour les soirées cinéma.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un soir, je parviens à imposer « On a retrouvé la 7e Compagnie » à une trentaine de gars pas très convaincus. Mais mon enthousiasme les amuse et tout le monde accepte de suivre les aventures du sergent-chef Chaudard. Un de mes arguments les plus percutants a été de souligner le caractère cathartique de ce film. Cette mise en abîme de l’armée française devrait nous permettre de nous libérer de nos démons, de relativiser la gravité de notre situation en soulignant par le rire son absurdité. Bref, j’en mets une couche, convaincu qu’ils me seront à jamais reconnaissants de leur avoir donné une bonne dose d’oxygène. Le générique commence et toute la diffusion est marquée par un silence de mort. Pas un rire. Au fur et à mesure, les spectateurs quittent la salle et j’ai l’impression d’entendre tourner la meule sur laquelle ils aiguisent leurs couteaux. De trente, nous passerons à six en fin de film. Je renoncerai à partir de là à jouer les programmateurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le public est de toute façon rarement aussi nombreux. Certains soirs, nous ne sommes qu’une poignée à nous cultiver devant le poste. Ce qui n’empêche pas certains appelés d’aller et venir. Au début de « Lacenaire », Daniel Auteuil se fait guillotiner. Un cinéphile éclairé se fend alors de ce commentaire enthousiaste :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Comment il s’est fait couper sa sale tête de rat !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il repart fumer une clope et discuter le bout de gras dehors avant de revenir vingt minutes plus tard. Le film étant construit en flash-backs, Auteuil refait régulièrement son apparition, ce qui a le don de surprendre notre critique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais il est pas mort, lui ? etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu plus loin dans le couloir sur la droite se trouve ma chambre. Oh, ce n’est pas une chambrette dont je serai le seul occupant et qui refléterait mes goûts et ma personnalité. Non, c’est une pièce avec quatre lits et donc trois colocataires. Je suis plutôt bien tombé, j’aurais pu partager mon logis avec des mélomanes sourds (assez nombreux) ou des fumeurs invétérés (et pas que de tabac). Nous n’avons pas mélangé nos sangs ni fait des serments d’amitié éternelle mais nous nous entendons bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque je me prépare tôt le matin, j’essaie de ne pas les réveiller. Un peu jaloux de mon 5-9 et plutôt taquins, ils ont réussi à me faire croire qu’il fallait que je plie mes draps chaque matin car le gradé inspecte chaque chambre. Ce n’est qu’à moitié faux car si les draps restent sur le lit, il faut procéder ainsi : plier la couverture et la placer en bout de lit, puis rouler les deux draps et les mettre en croix. Et malheur à celui qui les met en rond ou en carré ! Pour éviter ce petit exercice, il suffit (et il est autorisé) de ranger tout ça dans son armoire (en boule, de préférence) ! Après quelques semaines à rouler les draps à 5h30 du matin dans la petite salle d’eau de notre chambre, je réaliserai qu’ils m’ont bien eu. Mais c’est de bonne guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je quitte donc le bâtiment à 5h45 et je pousse la double porte que je tente de refermer tant bien que mal de l’extérieur. Une fois, une seule, j’obligerai le sous-officier de garde à se réveiller pour m’ouvrir. Il m’avait prévenu la veille qu’il fermerait la porte du bâtiment. Je lui avais donc expliqué que je travaillais à la météo et que je partais tôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je vous ouvrirai, me répond-il avec motivation.&lt;br /&gt;-Mais… je vais vous réveiller. Il sera 5h45.&lt;br /&gt;-Pas de problème !&lt;br /&gt;-Ah… bon ! À demain matin, alors ?&lt;br /&gt;- À demain matin !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et à l’aube, mon groom robotisé se lève, m’ouvre la porte et la referme. Je pars en direction de la météo, l’air est plus que frais. Je suis songeur. Il y en a qui aiment être là. Impressionnant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-6276813283576544742?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/6276813283576544742/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=6276813283576544742' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6276813283576544742'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6276813283576544742'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/12/home-sweet-home.html' title='Home, Sweet Home'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVuXibzJ1hI/AAAAAAAAAjk/8-MK1FwbMH4/s72-c/charlots.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-1631918748788046410</id><published>2008-12-24T08:00:00.000-08:00</published><updated>2008-12-24T08:28:39.997-08:00</updated><title type='text'>Le chauffeur, l'escroc et le colonel</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVJilZrrrQI/AAAAAAAAAhs/ne1zNW51dzY/s1600-h/sw-chauffeur.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5283393707547798786" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 214px; CURSOR: hand; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVJilZrrrQI/AAAAAAAAAhs/ne1zNW51dzY/s320/sw-chauffeur.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;On aura compris à la description de mon stage de coloriage une semaine sur deux que tous les appelés ne sont pas logés à la même enseigne. Prenez le chauffeur du lieutenant-colonel, par exemple. Bonne place, me direz-vous, et prestigieuse avec ça. Conduire un des dieux de l’Olympe, mazette, ça n’est pas donné à tout le monde. Mais c’est un peu comme envier l’assistant personnel de Madonna. Derrière les paillettes et le luxe se cachent les caprices, les crises de nerfs, les menaces de renvoi, etc. Le lieutenant-colonel est certes moins sexy (quoique…) mais tout aussi ingérable. Il est le centre de son monde, le nombril de sa propre absurdité, l’univers doit être à son service, il commande au cosmos. Un matin, comme chaque jour, l’appelé véhiculé se rend au domicile nancéen de son supérieur pour l’emmener ensuite à la base. Sur le chemin, un accident grave bloque la circulation, on dépêche l’hélicoptère des urgences. De ce fait, il arrive avec une demi-heure de retard chez le lieut’co. Intolérable, tout simplement intolérable. Les explications du bidasse lui passent au-dessus, il n’a que faire des contingences matérielles, il est même choqué par tant de vulgarité. Si sa Majesté a ordonné qu’on vienne la chercher à 8h, il faut venir la chercher à 8h. C’est aussi simple que cela. Le maharadjah de Gopal aurait donné à l’insolent la bastonnade, le lieut’co, lui, se contente de lui infliger une sanction disciplinaire. Et là, l’appelé n’a plus que ses yeux pour pleurer. Il n’y a ici ni prud’hommes, ni syndicats, ni pétitions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette histoire fera le tour du bâtiment et nous révoltera par son injustice. Je suis d’autant plus surpris par l’attitude du lieutenant-colonel que j’ai déjà vu ce géant se faire tout petit devant mon collègue de la météo, l’aviateur Lembrouille. Avant que mon 5-9 ne soit opérationnel, j’ai passé plusieurs semaines avec lui. Un gars sympathique qui, d’emblée, se présente comme un pilote d’avion travaillant pour une compagnie africaine. Je suis un peu surpris, moi qui n’ai que mon permis voiture mais son assurance et même son charme me convainquent. Quand il me montre dans un magazine une publicité avec une mannequin qu’il me dit s’être « tapée », je le crois déjà moins… Et quand il réussit à vendre des actions d’une société off-shore à un appelé du bâtiment, qui prend des airs d’affranchis, je crois avoir cerné le bonhomme. L’adjudant-chef Truc me raconta, mi-amusé mi-consterné, comment lui-même se fit baratiner par ce fils spirituel de Stavisky et de Bernard Tapie, à qui il présenta son frère, patron d’une petite entreprise de la région, dans le but de conclure un « deal ». À la fin du dîner d’affaires, le frangin qualifia l’aviateur Lembrouille de rigolo et ils en restèrent là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela ne découragea pas notre businessman en herbe qui alla jusqu’à démarcher le lieutenant-colonel ! Je ne me souviens plus de la nature de la proposition, toujours est-il que ce haut gradé réfléchissait déjà au nom de code qu’il donnerait à son compte bancaire suisse. Il téléphona un jour à l’adjudant-chef pour savoir si l’aviateur Lembrouille serait disponible le lendemain à 14h pour venir le voir dans son bureau. Oui, oui, « disponible » ! L’adjudant-chef n’en revint pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais bien sûr !&lt;br /&gt;-… Vous pensez qu’il pourra se libérer ? demanda-t-il du bout des lèvres, comme s’il appelait le père de la fille qu’il voulait inviter au bal de fin d’année.&lt;br /&gt;-Je vous l’affirme, il sera là demain à 14h ! répondit-il avec l’envie de conclure « avec mon pied au cul, il ira, non mais sans blague ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dieu s’excuse de demander pardon à Moïse mais s’il pouvait accepter de recevoir les dix commandements et de les lire quand il aurait cinq minutes, eh ben ça serait sympa. Eunebelivébeule. Un officier tremblant devant un appelé, j’aurais vu ça avant la fin de mon service. Aucun deal ne fut bien sûr passé avec le lieut’co mais l’aviateur Lembrouille agita la carotte suffisamment longtemps pour passer tranquillement la fin de son temps. Il avait très bien compris comment tout cela marchait et profitait à fond du système.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il avait bien raison.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-1631918748788046410?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/1631918748788046410/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=1631918748788046410' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1631918748788046410'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1631918748788046410'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/12/le-chauffeur-lescroc-et-le-colonel.html' title='Le chauffeur, l&apos;escroc et le colonel'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SVJilZrrrQI/AAAAAAAAAhs/ne1zNW51dzY/s72-c/sw-chauffeur.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-8651423621524582836</id><published>2008-11-30T10:57:00.000-08:00</published><updated>2008-11-30T11:03:10.667-08:00</updated><title type='text'>Champion du monde !</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/STLjTQn0PFI/AAAAAAAAAac/0rChX_VOTec/s1600-h/trainspotting2.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5274528033623260242" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 283px; CURSOR: hand; HEIGHT: 191px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/STLjTQn0PFI/AAAAAAAAAac/0rChX_VOTec/s320/trainspotting2.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p align="justify"&gt;Aujourd’hui n’est pas coutume : je dois nettoyer les sanitaires de l’étage. La météo s’est entendue avec les pompiers : je fais le sol et ils s’occupent des WC et des douches. Visiblement, la négociation est le point faible des soldats du feu… Bref, j’arrive avec mon seau et ma serpillière et mon regard croise celui de l’appelé chargé de la « corvée de chiottes ». Je ne lis pas que de l’amour dans ses yeux et je sens bien qu’il me considère comme responsable de son malheur. Je n’insiste pas et me consacre à ma tache. Un gradé, appartenant à un service voisin, entre en tenue de sport. Il va certainement prendre une douche après l’effort. Marchant sans aucune gêne sur le sol que je suis en train de nettoyer, il s’adresse à moi sur un ton particulièrement méprisant, en passant à ma hauteur sans même me regarder :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Quand vous aurez fini, vous ne jetterez pas l’eau sale dans le lavabo mais dans les toilettes, compris ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’aspect pédagogique de cette remarque vous aura sans doute échappé, mais elle s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme, cher à l’armée française, intitulé « &lt;em&gt;Enseignement aux Appelés du Contingent des Bases Elémentaires du Comportement Sociétal&lt;/em&gt; », le fameux EACBECS, ou plus communément « &lt;em&gt;On va vous apprendre la vie, bande de péquenots !&lt;/em&gt; ». Ainsi donc, après « &lt;em&gt;On frappe avant d’entrer&lt;/em&gt; » (n°7), « &lt;em&gt;On marche en mettant un pied devant l’autre&lt;/em&gt; » (n°12), « &lt;em&gt;Le feu ça brûle&lt;/em&gt; » (n°23) et « &lt;em&gt;Le savon ça pique les yeux&lt;/em&gt; » (n°31), voici la leçon n°45 : « &lt;em&gt;On ne jette pas l’eau sale dans le lavabo commun mais dans la cuvette des toilettes&lt;/em&gt; ». Je me coucherai moins bête ce soir…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je termine mes travaux de nettoyage, je paresse une bonne partie de la matinée, puis je pars déjeuner avec mes semblables. Un message au haut-parleur nous apprend que le titre du film projeté ce soir (une séance est en effet organisée chaque mercredi, ce qui nous change de la salle télé) : « Le Champion ». Tout le monde se regarde avec des yeux ronds. « Le Champion » ? J’ai bien en tête un drame sportif avec Kirk Douglas datant des années quarante, mais je doute qu’il s’agisse de ce film. Les derniers projetés étaient « La vengeance d’une blonde » et « Pulp Fiction », on ne peut pas vraiment parler de ciné-club.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’après-midi se passe et je prends plaisir à me triturer les méninges pour identifier cette œuvre qui pourrait s’avérer être un chef-d’œuvre méconnu. Et pourquoi pas ? Le soir, au Foyer, la rumeur s’est répandue : il s’agit d’un film avec Sylvester Stallone qui se passe dans le milieu du cyclisme… Et pourquoi pas Schwarzenegger jouant au bridge ou Chuck Norris champion de pelote basque ? Je connais assez bien le cinéma et je sais pertinemment que ‘Sly’ n’a jamais monté de cols avec un maillot estampillé « Carrefour ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant, nous jouons au billard et je lance un pari : je place une boule sur le rebord de la table, au-dessus de deux autres qui sont, elles, sur le tapis vert. Et je propose d’atteindre celle du haut sans toucher celles du bas. Un truc que j’ai pris d’un épisode d’« Amicalement Vôtre » : il faut donner un coup fort avec la queue sur le sol pour que la boule tombe sous l’effet de la vibration et se fasse toucher sans problème. Je lance une boule et je décide de varier en heurtant la table plutôt que le sol. Le coup est rude et bruyant… au point que TOUT le Foyer s’arrête. On me regarde, abasourdi. Et ma boule, bien sûr, n’a pas bougé d’un centimètre. Un des appelés martiniquais vient me voir, mécontent :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-T’arrêtes tes conneries, on va encore dire que c’est la faute des noirs.&lt;br /&gt;-Mais je…&lt;br /&gt;-T’arrêtes, j’te dis !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai voulu faire mon intéressant en jouant les Brett Sinclair et voilà que je suis à deux doigts de provoquer une émeute raciale ! Bon, il est temps d’aller au cinoche… Nous partons à deux vers la salle de projection. Il y a un peu plus de monde que d’habitude (vingt au lieu de huit, disons). Quelle n’est pas ma surprise en voyant débarquer un des aspirants que j’ai subis pendant mes classes. Une brute dont les aphorismes étaient légers comme des loukoums. Ce béotien n’est jamais venu à la séance du mercredi et pourtant, il est là pour « Le Champion ». Cela ne me dit rien qui vaille. Les lumières s’éteignent, le film commence, le (vrai) titre nous apparaît : « Le Dernier des Champions ». Au bout de trois minutes, nous avons compris : il s’agit d’une série Z, un sous-Van Damme de vidéo-club.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un champion de kick-boxing retourne dans son ancien quartier, régi par les gangs. Après avoir savaté une bande de loubards qui voulaient lui braquer son perfecto, le dit « champion » sort la photo de son pote, dont il va venger la mort. Scénar en béton ! Avec mon camarade, nous n’en pouvons plus ! Au bout d’un quart d’heure, nous quittons la salle, consternés, pour regagner notre bâtiment. Finalement, ma journée s’est terminée là où elle avait commencé : dans la cuvette des toilettes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-8651423621524582836?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/8651423621524582836/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=8651423621524582836' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8651423621524582836'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8651423621524582836'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/11/champion-du-monde.html' title='Champion du monde !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/STLjTQn0PFI/AAAAAAAAAac/0rChX_VOTec/s72-c/trainspotting2.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-5551192932356299588</id><published>2008-11-23T10:03:00.000-08:00</published><updated>2008-11-23T10:09:38.076-08:00</updated><title type='text'>... c'est à ça qu'on les reconnaît !</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SSmcGAZhzsI/AAAAAAAAAW0/mkb9aPPvJ8I/s1600-h/gorgone.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5271916465814097602" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 263px; CURSOR: hand; HEIGHT: 320px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SSmcGAZhzsI/AAAAAAAAAW0/mkb9aPPvJ8I/s320/gorgone.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;J’ai déjà pu dire à quel point Madame Machin est dirigiste et obsessionnelle. Le service météo doit marcher à la baguette et elle ne comprend pas pourquoi je ne mets pas plus de bonne volonté dans l’accomplissement de mes tâches quotidiennes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous n’avez pas nettoyé sous le radiateur ?&lt;br /&gt;-Ben… non.&lt;br /&gt;-Mais enfin, pourquoi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pourrais lui trouver mille raisons mais je sens bien qu’elles lui passeraient au-dessus de la tête. Non, je n’ai pas nettoyé sous le radiateur. Je sais, c’est mal. Punissez-moi, maîtresse, dites-moi des gros mots. Côté gradés, le fantasme de soumission n’est pas vraiment leur truc. Le sergent Chose et l’adjudant-chef Truc m’ont souvent confié leur exaspération. « &lt;em&gt;Elle est plus militaire que nous !&lt;/em&gt; » laissera un jour échapper le sergent, tel un enfant se plaignant d’un adulte qui jouerait avec ses Playmobil. Pauv’ bichon, va ! Mais surtout, au-delà de sa rigidité et de son autoritarisme, elle parle. Beaucoup. Et à tout le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sujet préféré : ses deux enfants. Elle est tellement passionnée par le sujet que son interlocuteur importe peu. Si l’adjudant-chef Truc sort de la pièce en pleine description du match de foot junior de dimanche dernier, elle continuera la conversation avec le premier inconscient qui relève la tête et croise son regard. En général : moi, la bonne pomme. Et patati, et patata… Au début, les gradés se sont bien gardés de me prévenir, c’est de bonne guerre. Après, je serai plus vigilant. Le travers de ma chef adorée est de notoriété publique et amuse beaucoup un sous-off’ de l’étage du dessous. Il vient de temps à autre à la météo, en général quand le calme règne et que chacun vaque à ses occupations. Il entre et, tout de go, demande avec un grand sourire :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Alors madame Machin, comment vont vos enfants ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et… il s’en va ! Comme les habitants de Pompéi surpris par l’éruption du Vésuve, nos sommes fauchés en plein effort. Le moulin à paroles s’est déclenché et nous n’avons rien vu venir. Et son fils a mal dormi cette nuit, et il va partir en classe verte, et son frère s’est cassé une dent, etc. Le fait que personne ne montre la moindre marque d’intérêt à ce qu’elle raconte ne la préoccupe pas. Pourtant, notre mécontentement, alors que nous étions tranquilles chacun dans notre coin, doit se lire sur notre visage. Luis Mariano qui se met à chanter à tue-tête dans le cockpit d’un bombardier nucléaire, forcément on est à deux doigts de l’Apocalypse…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais comment mettre fin à ce calvaire ? Un jour, un certain adjudant-chef Gling-gling, un gradé météorologue, vient remplacer pendant deux semaines l’adjudant-chef Truc. Le premier jour, il est accueilli aimablement par ses collègues et Madame Machin ne peut s’empêcher d’évoquer les problèmes de digestion de son petit dernier. Le remplaçant la coupe :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Oh moi, les couches, le caca, tout ça c’est fini pour moi. Mes enfants sont grands, maintenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il passe à autre chose. Madame Machin pâlit… et ne dit plus un mot. On se regarde les uns les autres, sans y croire. C’était aussi simple que ça ? Dans mes bras, mon héros ! Champagne pour l’adjudant-chef ! À la niche, la chef !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain matin, encore ému par cette démonstration de force, je colorie mes cartes météo. L’adjudant-chef Gling-gling ignore que je lui dédie mes travaux. J’hésite à dessiner un cœur tout en bas à droite puis je renonce. Je me lève pour les accrocher au mur puis retrouve ma table et mon café. Zorro arrive, me salue et se met à regarder les cartes. Mon cœur s’arrête de battre. Madame Machin est dans un coin, et n’a pas encore dit un mot de la matinée…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais qu’est-ce que vous avez foutu ? Vous confondez les courants froids et les courants chauds ! C’est quand même pas compliqué !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le réveil est rude. Je me lève, chancelant, la larme à l’œil. La fin d’une si belle histoire. Je m’approche de lui, il me tend les cartes sans même me regarder. Je reviens à mon bureau et vérifie mon erreur. En réalité, la carte que je dois reproduire est fausse à la base. Ragaillardi, j’explique son erreur à l’adjudant-chef qui, avec sa sagesse, ne pourra que me pardonner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et aloooors ? Z’êtes un robot ? Vous ne pouvez pas vous rendre compte que la carte est fausse et la modifier ? C’est quand même pas compliqué de colorier en bleu et en rouge. Ça s’apprend à l’école !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’adjudant-chef Gling-gling que je prenais pour un demi-dieu, capable de tenir tête à la Gorgone du service météo, n’est finalement qu’un homme. Un militaire aussi désagréable qu’un forain, une brute injuste et d’une parfaite mauvaise foi. Un con. Un de plus. Je suis cerné.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-5551192932356299588?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/5551192932356299588/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=5551192932356299588' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5551192932356299588'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5551192932356299588'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/11/cest-quon-les-reconnat.html' title='... c&apos;est à ça qu&apos;on les reconnaît !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SSmcGAZhzsI/AAAAAAAAAW0/mkb9aPPvJ8I/s72-c/gorgone.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2800369312691441604</id><published>2008-11-12T09:22:00.001-08:00</published><updated>2008-11-12T09:23:53.194-08:00</updated><title type='text'>Travaux des champs</title><content type='html'>&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRsQ9t-_ZCI/AAAAAAAAAO8/1X32rzrMLgI/s1600-h/672298625.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5267822841641788450" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 240px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRsQ9t-_ZCI/AAAAAAAAAO8/1X32rzrMLgI/s320/672298625.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;La météo s’est transformée en bistrot : un sergent du bâtiment se met à discuter avec le plombier (un militaire lui aussi) venu réparer les sanitaires de l’étage. Assis à mon bureau, l’air de rien (ce que, d’ailleurs, je suis), j’écoute avec attention. Le sujet : la France. En résumé : quel beau pays ! Un vrai débat se profile toutefois à l’horizon. Le plombier et le sergent sont fiers d’être français. Mais tandis que le premier estime que l’Hexagone doit se limiter à ses six côtés, le second reste convaincu que le drapeau tricolore doit flotter sur des contrées lointaines. Pour lui, l’Algérie aurait dû rester française. 34 ans après, donc, on entend(ait) encore ce genre de discours… Le service militaire, c’est un peu comme un repas de famille prolongé : on n’a pas le choix des convives.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’après-midi, le sergent Chose a viré ses clients éméchés avant qu’ils ne se mettent à chanter la Marseillaise ou à écrire OAS sur les murs. Et il vient me voir, moi, d’un air décidé. Ce qui n’augure rien de bon. Je m’apprêtais à finir un roman emprunté à la bibliothèque de la base et je sens que c’est râpé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous avez été désigné pour le débroussaillage autour du bâtiment. Ordre du lieutenant-colonel !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle est forte celle-là ! Comme ça, sans crier gare ? Je lui rappelle que je suis un intellectuel et que c’est d’ailleurs pour ça que l’on m’a affecté à la météo. On doit certainement pouvoir trouver chez les pompiers ou les fuscos des appelés robustes aux yeux bleus qui seraient ravis de s’acquitter de cette tache. Mais rien n’y fait. Un ordre est un ordre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais… je n’ai jamais fait cela, osai-je timidement.&lt;br /&gt;-Le sergent Tsoin-Tsoin va vous montrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai très peu vu le sergent Tsoin-Tsoin durant mon service. Sans doute pris par une formation ou un congé maladie, il n’a rejoint la météo que vers mes trois derniers mois. Ce grand bonhomme n’a pas l’air spécialement dynamique ni très avenant, mais je n’ai pas de problème avec lui. Une fois au courant de sa « mission », il m’enjoint de le rejoindre d’un signe de tête énergique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Il y a beaucoup à débroussailler ? je lui demande, un peu inquiet.&lt;br /&gt;-Oh, non !... enfin si, peut-être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon, visiblement, il n’en sait rien. Je remarque qu’il a à la main un petit jerrican d’essence, il serait donc bien l’homme de la situation. Arrivés en bas, nous nous dirigeons vers le « spot ». Dans un petit coin perdu où personne n’ira jamais, la nature a effectivement osé se développer. La salope ! Il faut donc intervenir. Enfin… que moi, j’intervienne. La débroussailleuse nous attend déjà, posée humblement sur le sol (certainement par un lutin pendant la nuit). Une grosse boîte orange avec une poignée d’où jaillit un cylindre de 1,20m à l’extrémité duquel se trouvent des lames capables de vous découper un zébu. Pour un manuel comme moi, un tel engin est aussi terrifiant qu’un sabre laser pour un Ewok. Mon appréhension est réelle. Je m’approche et regarde la marque : « Piège à cons ». Je m’en doutais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le sergent Tsoin-Tsoin pose son jerrican et remonte son pantalon à deux mains. Les choses sérieuses vont pouvoir commencer ! Il ne crache pas dans ses mains, je suis déçu. Il ouvre le bouchon du réservoir de la débroussailleuse et penche la tête au-dessus. On entend « floc-floc ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon ben, y’a déjà de l’essence. T’as qu’à essayer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les « Bon ben » et les « t’as qu’à » ne me rassurent pas. Je ne reconnais pas là le vocabulaire du professionnel, ni le ton autoritaire du gars qui maîtrise son sujet. Bref ! Je m’harnache avec une paire de bretelles à laquelle vient se fixer l’engin de mort. Et après ? Je relève la tête vers le sergent Tsoin-tsoin qui fixe le bidule comme une poule devant un couteau. Il approche ses mains, je le vois, de façon bien incertaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Faut tirer là-dessus ? Dit-il en saisissant une manette, comme s’il pensait tout haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La manette dévoile une ficelle. Il tire plusieurs fois avant que le moteur ne démarre. Je pose ma main sur la poignée et c’est tout mon corps qui se met à trembler. J’appuie sur un bouton avec mon pouce et le découpeur de zébus commence à s’énerver tout seul. Le sergent Tsoin-Tsoin s’éloigne prudemment de plusieurs mètres et s’assoit tranquillement. Regarder travailler un appelé en fumant une cigarette quand on est un sous-officier est une grande satisfaction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis moyennement rassuré par ce que je fais mais je le fais. Feuilles et branches sont passées à la moulinette. Mon outil est implacable. Pas de prisonniers. Au bout de cinq minutes, les hélices tueuses s’arrêtent de tourner. Je me tourne vers mon responsable qui est aussi étonné que moi. Il va devoir se lever, oh misère ! Après cet effort surhumain, il s’approche de moi et secoue légèrement la débrousailleuse. On n’entend plus de « floc-floc ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Y’a plus d’essence, on dirait…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah bon, vous êtes sûr ? Je décroche l’appareil et mon sergent ouvre de nouveau le bouchon du réservoir. Il prend son jerrican et fait couler de l’essence, d’abord timidement puis carrément. Il s’arrête, reprend, et en met à côté, non loin de la manette. Bref, c’est n’importe quoi ! L’expert international en débroussailleuses n’y connaît rien. Aveuglé par l’éclat des galons de sergent qu’il porte sur les épaules, il semble pourtant le seul à l’ignorer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon ben (ouille, je m’attends à tout !)… tu peux faire ça tout seul, maintenant.&lt;br /&gt;-Oui, sergent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est vrai que son aide ne m’est pas plus indispensable que cela. Je lui donne son après-midi. Le sergent part en fumant sa clope, comme un cow-boy à la fin d’un western. Qu’il est beau ! Un de mes camarades, au courant de mon infortune et assez libre de ses mouvements, vient me rejoindre. On discute puis je sens bien que le devoir m’appelle. Je ne raccroche pas la débroussailleuse à mes bretelles et je décide de la faire partir au sol. Une intuition, sans doute. Je tire la ficelle et le moteur démarre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la famille des « 4 Fantastiques », je demande la Torche Humaine. Une étincelle provoquée par le démarrage a enflammé une des taches d’essence situées près de la manette et que je devais à la main hasardeuse du sergent. L’ensemble du moteur prend feu, je m’écarte, m’attendant à ce que cela explose. Mon pote n’en mène pas large non plus. Puis il me dit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vite, va chercher un extincteur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cours jusqu’au bâtiment et arrive chez les pompiers. Quatre appelés sont assis à ne rien faire. Je hurle quelques mots, ils prennent un extincteur et nous revenons près du lieu du drame. Un coup de Pccchhhhiiiiiittttt et c’est fini. Ouf. Merci, les gars. J’imagine la panique si la débroussailleuse avait pris feu, accrochée à ma poitrine…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Remis de mes émotions, je préviens le sergent Chose, qui comprend mon émotion. J’en mets discrètement une couche au sergent Tsoin-tsoin, car tout cela vient quand même de lui… Mais l’incident est vite oublié. Deux semaines plus tard, le sergent Chose vient me voir :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon, pour l’histoire de la débrousailleuse, le lieutenant-colonel a décidé de ne pas donner de suite. Vous ne serez pas sanctionné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma mâchoire tombe à mes pieds. Je les savais capables de tout et pourvus d’une imagination débordante quand il s’agit d’écraser, d’humilier ou de punir les appelés, mais là je dois dire qu’ils ont fait fort. Même le sergent Chose ne se rend pas compte de l’énormité de ce qu’il vient de dire. Il doit avoir l’impression que cela me fait plaisir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, je ne serai pas électrocuté aujourd’hui mais je reste quand même dans le couloir de la mort… &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2800369312691441604?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2800369312691441604/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2800369312691441604' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2800369312691441604'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2800369312691441604'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/11/travaux-des-champs.html' title='Travaux des champs'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRsQ9t-_ZCI/AAAAAAAAAO8/1X32rzrMLgI/s72-c/672298625.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2214557906259888354</id><published>2008-11-05T08:17:00.000-08:00</published><updated>2008-11-05T08:20:15.886-08:00</updated><title type='text'>Visa de sortie</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRHHnlKWnyI/AAAAAAAAALY/nD2CuzXBIAM/s1600-h/Sans+titre.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5265208922177183522" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; WIDTH: 320px; CURSOR: hand; HEIGHT: 189px; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRHHnlKWnyI/AAAAAAAAALY/nD2CuzXBIAM/s320/Sans+titre.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRHHfffCEbI/AAAAAAAAALQ/9Zv0FRMAerc/s1600-h/20081105-170642_0.BMP"&gt;&lt;/a&gt;&lt;div align="justify"&gt;Un midi, je pars déjeuner avec un collègue. Nous sommes au printemps, les arbres ont repris leurs belles couleurs, le ciel est bleu. Dans trois mois, c’est la quille. Le pire est derrière nous. Nous traversons la base tout en devisant, les mains dans les poches, quand brusquement, des crissements de pneus nous font nous arrêter. Quelqu’un a visiblement défoncé la pédale de frein et comme il n’y a que nous sur une allée déserte, nous y sommes certainement pour quelque chose. Je m’attends à découvrir Starsky et Hutch jaillissant de leur Ford Gran Torino rouge et blanche, pistolet au poing. Mais en tournant la tête, je ne vois qu’une modeste 4L. À l’intérieur, un sergent-chef nous toise d’un regard mauvais. Eh oh, on n’y peut rien si l’armée vous fournit des voitures pourries ! Relax, Max !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et les mains dans les poches ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah, voilà donc toute l’histoire ! Les mains dans les poches. Ce gradé a cramé l’asphalte avec son bolide juste pour nous dire ça. Car sa question n’en était pas une. C’était une sommation. À notre arrivée, nous nous serions regardés, mon copain et moi, sans comprendre. Mais après plusieurs mois, nous sommes au courant de tous les us et coutumes de ce monde étrange. Le règlement le précise sans aucun complexe, sans peur du ridicule : il est formellement interdit de mettre les mains dans ses poches ! Jamais, vous entendez ? Et que les petits malins qui soulèveraient le fait que les pantalons fournis ont tous des poches soient prévenus : ils pourraient bien aller au trou pour propos subversifs ! Tout à fait conscients qu’il est inutile de lutter, nous sortons mollement nos mains de nos poches. Schumacher hoche la tête sans se départir de son regard de haine, puis démarre. Quand il est assez loin, nous remettons nos mains dans nos poches et reprenons notre conversation. L’« incident » nous est passé au-dessus de la tête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y a pas grand monde à la cantine, nous poussons tranquillement nos plateaux. Arrivés à la viande, nous sommes agréablement surpris de voir que le choix est inhabituellement varié. Des steaks de bœuf, des côtes de porc, des côtelettes d’agneau… On récolte les restes d’un banquet de la veille ou quoi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais c’est Byzance, aujourd’hui ! dis-je à l’appelé chargé du service.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce dernier fronce les sourcils, comme Steevy en réalisant que les pages d’un livre sont imprimées recto-verso.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Quoi ? C’est du bison ?&lt;br /&gt;-Euh, non… c’est By… C’est bien !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’insiste pas, mon pote non plus. Nous remplissons nos assiettes et laissons notre camarade errer dans les plaines du Far West, pour aller trouver une table dans la salle. Et je tombe sur un revenant : Eric ! Nous avons fait nos classes ensemble, il y a une éternité, et tout le monde l’avait cru réformé. Il faut dire que son cas semblait sans appel : ancien champion junior de ping-pong, il s’était déplacé la colonne vertébrale ; étudiant en sciences, il souffrait à la cuisse d’une énorme plaie due à la chute d’un produit chimique. Quand il a quitté la base pour rejoindre l’hôpital de Metz, nous lui avons dit ‘adieu’, un peu envieux mais finalement contents pour lui. Il allait rejoindre la chaleur de son foyer, voire la douceur d’une femme. Il aurait en tout cas l’assurance de ne plus se faire crier dessus à 3 heures du matin par des gorilles analphabètes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mais qu’est-ce que tu fais là ? T’es pas réformé ?&lt;br /&gt;-Non, ils trouvent que j’en fais trop…&lt;br /&gt;-Trop ? Ils pensent que tu affabules ?&lt;br /&gt;-Oui !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une colonne déplacée et une blessure non cicatrisée grosse comme une soucoupe, c’est trop pour un seul homme, c’est même louche ! Pourtant, Eric a fait des tonnes d’examens et de radios, rien n’y a fait ! Personne ne croit à ses problèmes de santé, qui sont pourtant bien réels. Pendant les classes, il a même été exempté de faire le ménage, à cause de son dos. Mais où recrute-t-on les médecins militaires ? Dans la forêt de Brocéliande ? Et cela fait des mois que ça dure, il passe sa vie à l’hôpital. Ce que cela coûte au contribuable permettrait d’acheter des caisses de vin blanc pour trois générations d’adjudants-chefs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le déjeuner, je repars à la météo, en repensant à cette histoire absurde. L’armée se refuserait donc à laisser partir certaines de ses brebis. Et si elle décidait de rallonger mon séjour, pour peu qu’elle soit en manque d’appelés suffisamment compétents pour remplir les fonctions d’aide-météorologiste ? Peut-être pour me protéger d’une telle éventualité devrais-je désormais colorier les courants d’air froid en violet, agrémenter les nuages d’anges grassouillets sonnant le clairon, et plonger les cartes dans l’eau les jours de pluie…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En arrivant au bureau, je trouve l’adjudant-chef Truc en train de lire un magazine de motos. Il me remarque à peine lorsque je m’assieds à ma place, prêt à buller tout l’après-midi. Au bout de quelques minutes, il pose sa revue et me regarde sans rien dire. Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Ma veste d’aviateur deuxième classe se rappelle de mon festin déjeunatoire ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Tu es libéré quand ? finit-il par me demander.&lt;br /&gt;-Fin septembre, lui réponds-je tout en pensant « La vache, encore trois mois ! ».&lt;br /&gt;-Oh, tu pars avant… dit-il avec sa moue habituelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est arrivé à l’adjudant-chef Truc de me signer un papier me permettant de partir le mardi au lieu du vendredi. Un régime de semi-liberté en quelque sorte. De là à réduire ma peine…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-T’as pas quelqu’un dans ta famille qui dirige une entreprise ou un magasin ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je réfléchis à toute allure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Euh… mon oncle tient un restaurant, dis-je en appuyant sur le buzzer.&lt;br /&gt;-Il a le même nom que toi ?&lt;br /&gt;-Non ! (celle-là, elle était facile)&lt;br /&gt;-Eh ben voilà ! Tu lui demandes une lettre où il dit qu’il veut t’engager comme serveur début septembre, tu remplis un dossier et c’est bon ! Fin août, t’es libéré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis abasourdi. Le chef-maton qui m’indique où sont les clés des portes du pénitencier ! Pas de revolvers sculptés dans du savon ou d’hélicoptère atterrissant dans la cour. L’évasion ne sera pas spectaculaire mais au moins, elle aura des chances de réussir…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon évidemment, tu ne dis rien aux autres, ça reste entre nous.&lt;br /&gt;-Pas de problème ! Merci, mon adjudant !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il me fait un vague signe de la main. La lever l’a déjà fatigué et il part se faire couler un café. Tout excité, je téléphone le soir même à mon oncle qui accepte immédiatement de m’écrire cette bafouille. Dans mon lit, je peine à trouver le sommeil, ne revenant toujours pas de ce qui m’arrive. Je repense à Eric et j’ai honte. Un peu. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2214557906259888354?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2214557906259888354/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2214557906259888354' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2214557906259888354'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2214557906259888354'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/11/visa-de-sortie.html' title='Visa de sortie'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SRHHnlKWnyI/AAAAAAAAALY/nD2CuzXBIAM/s72-c/Sans+titre.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-6922145816807282531</id><published>2008-09-05T06:52:00.001-07:00</published><updated>2008-09-05T07:08:29.649-07:00</updated><title type='text'>Branle-bas de combat !</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SME5qKKa5oI/AAAAAAAAAJo/gTW0wc1ovqA/s1600-h/NumÃ©riser0001.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5242534837681317506" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SME5qKKa5oI/AAAAAAAAAJo/gTW0wc1ovqA/s320/Num%C3%A9riser0001.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;C’est officiel : la base aérienne 136 de Toul-Rosières doit subir une IGA. Certains vérifient déjà si leurs vaccins sont à jour sur leur carnet de santé, d’autres pensent qu’il s’agit d’une Initiation à la Grammaire en Audiovisuel et s’enfuient en courant. Les plus anciens, eux, savent qu’une IGA est une Inspection Générale des Armées. Fatche ! Cela signifie qu’un général quatre étoiles va bientôt passer une journée entière à tout vérifier et à tout contrôler. Tout. Il goûtera la soupe du jour, vérifiera que les souliers brillent, assistera à des démonstrations de force des Fus-cos (les fusiliers-commandos), ouvrira les placards sans prévenir, exigera une conférence sur la position géostratégique de la base, demandera à boire un « p’tit blanc » (attention, c’est un piège !) et surtout s’assurera que tout le monde travaille… Bref, l’horreur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On se souvient comment la venue de Gérard Klein pour son émission « Va savoir » avait provoqué un vent de panique parmi les militaires. Ce n’était rien en comparaison… La venue annoncée de Dark Vador sur un vaisseau de l’Empire ne doit pas être plus terrifiante. À croire qu’il aura droit de vie et de mort sur nous tous. Les off’ et sous-off’ s’agitent, sous l’œil narquois des appelés. Je rigole d’autant plus que la semaine où cela se produira, je serai en récup’ !  Seulement voilà, une IGA ne se prépare pas en deux jours comme une vulgaire émission de télé mais… en deux semaines. J’en serai donc, comme tous mes camarades.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les bidasses sont activement mis à contribution et il s’agit de les avoir à l’œil. Car deux semaines plus tôt, un « incident » a bien failli tourner au conseil de guerre. Le lieutenant-colonel avait tenu (pour je ne sais quelle occasion) à un petit lever de drapeau en présence d’appelés au garde-à-vous. Histoire d’avoir la larme à l’œil et d’être revigoré pour la journée. Avant son arrivée, les appelés ont vérifié le bon fonctionnement de la manivelle située en bas du mât et ont monté puis redescendu le drapeau tricolore. Manque de pot, une fois le haut gradé sur place, le mécanisme s’est grippé et l’étendard s’est arrêté à mi-hauteur, sans possibilité de le débloquer. Ce qui signifie : drapeau en berne ! Le lieutenant-colonel est devenu tout vert et a promis que des sanctions exemplaires seraient prises. On peut supposer qu’une telle bévue en présence d’un général conduirait directement au peloton d’exécution.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut donc tout prévoir dans les moindres détails. Première chose essentielle : nettoyer la base. Ah bon, on va virer les bouteilles et les posters de filles à poil ? Non, n’exagérons rien, nous n’avons que deux semaines devant nous… Il faut simplement nettoyer les allées. Plus une feuille morte ne doit voler, pas une branche d’arbre ne doit dépasser, aucun guano ne doit  subsister ! Je fais partie des heureux élus chargés de cette noble tache, qui présente tout de même un avantage de taille : je ne commence plus à 6h mais à 8h20 ! Nous sommes une trentaine un matin à nous retrouver au début d’une allée longue de 250 mètres. Un gradé nous a dévoilé les détails de notre mission, les sourcils froncés, avant de nous laisser seuls. Oui, seuls ! Grave erreur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’appelé est efficace quand il comprend pourquoi il travaille. L’engagé, lui, sait qu’il ne comprendra jamais pourquoi il travaille et a arrêté depuis longtemps de se triturer les méninges. Enlever des feuilles mortes du passage, parce qu’un général va traverser la base en voiture sans regarder le sol, voilà bien quelque chose qui nous intrigue et qui ne nous motive pas vraiment à donner le meilleur de nous-mêmes. Très vite, nous trouvons un rythme de croisière idéal : 5 minutes de boulot, 20 minutes de repos. À ce train-là, nous y serons encore la semaine prochaine, pensez-vous. Eh bien non, car parmi nous se trouve un fanatique de l’obéissance, un samouraï du zèle, un intégriste du travail bien fait. Pendant que nous sommes affalés sur l’herbe, ce garçon prend son balai et mouline dans tous les sens afin de constituer des tas de feuilles qui seront ensuite mis dans des sacs poubelle. « La Chignole », qu’on l’appelle. Il fera 80% du travail. Un envoyé du ciel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout de trois jours, notre devoir est accompli et nous regagnons nos services respectifs. Je constate qu’à la météo aussi, règne une certaine effervescence. Car oui, le Général va venir ici-même ! Madame Machin qui, rappelons-le, est une CIVILE, est dans tous ses états. Nadine de Rotschild préparant la venue du Comte de Paris… Mais que va donc faire notre général à la météo ? Vérifier que l’aide-météorologiste n’a pas dépassé en coloriant la masse d’air chaud qui passe au-dessus de Strasbourg ? Ou bien vient-il apprécier en connaisseur les vidéos du sergent Bidule ? En fait, le bureau de la météo va servir de salle de projection. Le lieutenant-colonel, qui a de la suite dans les idées, veut lui montrer des diapos des différents événements, aménagements et nouveautés de la base 136. Il fallait y penser ! Une bonne vieille soirée diapos des familles !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on n’est pas chez Tonton Raymond, on ne pousse pas les assiettes à dessert en fin de repas pour y placer le projecteur et regarder les photos de l’été dernier à la Grande Motte tout en sirotant son café. Il n’y a pas ici de spontanéité du genre « &lt;em&gt;Tiens, mon général, si je vous montrais des diapos de la base ?&lt;/em&gt; » Non, tout est prévu et chronométré. J’assiste à la répétition générale qui prend trois bonnes heures. Grandiose. Le lieutenant-colonel, Madame Machin et un subalterne ont aménagé un coin de la pièce pour recevoir Zeus. Trois chaises, un écran : une infinie de possibilités !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Alors, si le général s’asseyait là ?&lt;br /&gt;-Ah non, parce qu’il sera trop près.&lt;br /&gt;-Alors ici ?&lt;br /&gt;-Mais pourquoi ne mettrait-on pas l’écran plutôt de ce côté ?&lt;br /&gt;-Pourquoi pas ?&lt;br /&gt;-Ah non, parce qu’on ne pourra pas bouger le projecteur à cause de la prise.&lt;br /&gt;-Vous n’avez pas une rallonge ?&lt;br /&gt;…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À côté, les spectacles de Robert Hossein, c’est l’impro totale ! J’observe tout cela du coin de l’œil, bien content de ne pas être là la semaine prochaine. Le vendredi, Madame Machin me réserve un chien de sa chienne : je dois me transformer en Mr Propre. Le général arrive mardi mais comme elle m’a sous la main, elle tient à en profiter. Il faut nettoyer les bureaux (donc, enlever tout ce qui s’y trouve et passer un coup d’éponge), dépoussiérer les endroits les plus inaccessibles (et forcément les moins visibles), passer de la javel non seulement dans le bureau et le local télé, mais aussi dans le couloir et… l’escalier ! Magnanime, elle accepte que je ne nettoie que les marches menant du troisième au quatrième étage. Madame est trop bonne… En fin de journée, complètement éreinté, ma chef suggère que je nettoie l’intérieur des barreaux fixés sous la rampe de l’escalier. Une centaine, au bas mot. Et je prends mon train dans trois quarts d’heure. Alors, comme de Gaulle avant moi, je dis « &lt;em&gt;Non !&lt;/em&gt; ». Surprise par mon ton catégorique et mon air fatigué, elle bat en retraite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon, ben… à dans dix jours !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ça, mes salutations au général et mes amitiés à sa femme !&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-6922145816807282531?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/6922145816807282531/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=6922145816807282531' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6922145816807282531'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6922145816807282531'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/09/branle-bas-de-combat.html' title='Branle-bas de combat !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SME5qKKa5oI/AAAAAAAAAJo/gTW0wc1ovqA/s72-c/Num%C3%A9riser0001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2410934196286274191</id><published>2008-08-28T09:26:00.000-07:00</published><updated>2008-08-29T02:10:16.677-07:00</updated><title type='text'>Du cul, du cul, du cul !</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLbR6ZyTImI/AAAAAAAAAHg/hQ5rbZTz22o/s1600-h/affiche-La-Toubib-du-regiment-Dottoressa-del-distretto-militare-1976-1.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5239606017776624226" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLbR6ZyTImI/AAAAAAAAAHg/hQ5rbZTz22o/s320/affiche-La-Toubib-du-regiment-Dottoressa-del-distretto-militare-1976-1.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Toi le soldat, toi mon frère qui a décidé de faire carrière dans le kaki, je te connais bien. Tu sais que tu n’auras pas de médailles, que tu ne libéreras aucun pays lointain, qu’aucune rue ne portera jamais ton nom, que tu n’es ni un stratège ni un meneur d’hommes et que ton niveau en orthographe t’empêchera de devenir officier. Qu’importe ! Tu ne t’es pas engagé dans l’armée pour ça. Tu sais qu’une fois intégré dans un bureau, tu auras une vie pépère. De 8h à 17h sans risques d’heures supplémentaires, avec l’assurance d’un repas chaud et gratuit chaque midi (tu pourras reprendre deux fois des frites si tu veux) et la retraire à 50 ans. Et surtout, tu pourras assouvir tes trois passions pour la sieste, l’alcool et le cul ! Parfois même dans la même journée (si, si, je l’ai vu de mes yeux vus) !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, mon ami, j’émets quelques réserves. Tu pourras parfois dormir avachi sur ton bureau, c’est vrai, mais le plus souvent tu feras la sieste les yeux grands ouverts. Comme tu n’auras déjà pas grand-chose à faire, il te suffira de ne prendre aucune initiative (mais le voudrais-tu ?) et on te laissera en paix. L’alcool ne coule pas à flots mais si tu es à court de bière ou de vin blanc, tu pourras toujours frapper à la porte d’un de tes collègues, qui te dépannera avec plaisir. Quant au cul, ne crois pas que tu culbuteras la toubib du régiment ou la femme du colonel ; les impôts ne servent pas à financer des lupanars aux quatre coins de la France. Cela dit, tu auras l’occasion de t’y intéresser de près.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par exemple, tu pourras avoir sur ton ordinateur des vidéos X. Et même si un jour, en voulant faire une démonstration informatico-météorologique à un général quatre étoiles de passage, elles se mettent en marche toutes seules, comme c’est arrivé au sergent Bidule, ne t’inquiète pas. Le haut gradé rira un bon coup, car lui aussi, aime les mêmes choses que toi… Et si tu as accès à une télé et un magnétoscope, tu pourras aussi amener tes propres cassettes vidéo ! Ce matériel n’est pas à disposition dans tous les services, il faut être de garde et avoir une pièce pour rester la nuit (comme… à la météo, par exemple !). Au temps du service national, tu aurais même pu faire partager ton goût pour le 7e Art à l’appelé aide-météorologiste dès son arrivée à 6h du matin… Avant même qu’il ait pu prendre son café et ses croissants, tu lui aurais fait profiter de tes commentaires et de tes connaissances en matière de scènes bucco-génitales, de pirouettes anales et autres contorsions charnelles. Et s’il s’était retiré dans la salle de météo pour prendre son petit déjeuner, écoeuré par ce qu’il avait vu au saut du lit, tu n’aurais pas eu à t’en faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré la situation de rêve que tu auras réussi à obtenir, il se peut que tu t’ennuies parfois. Voici donc quelques trucs. Prends quelques feuilles blanches et laisse-toi aller ; dessine des phallus, des paires de seins ou d’énormes testicules à l’imposante pilosité. Ceci fait, rends-toi à la photocopieuse pendant que tes collègues sont en train de déjeuner et place tes œuvres dans le bac à feuilles de la machine. Ainsi, quand quelqu’un viendra photocopier des documents, il se retrouvera avec des doubles joliment illustrés au verso. Certains matins, l’aide-météorologiste venu spécialement de son bureau photocopier des cartes, devra ainsi tout recommencer ! Quelle rigolade !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu peux aussi repérer les femmes militaires de ton bâtiment et te réunir avec tes collègues pour commenter la taille de leurs poitrines ou la largeur de leurs fesses. Et te gausser ouvertement des célibataires au physique ingrat. Evite de t’en prendre aux femmes mariées à un militaire de la base ou du même bâtiment. Les rumeurs vont vite. Ainsi, un collègue du sergent Chose avait raconté à tout le monde qu’une sergente lui avait fait une fellation au Nutella. Résultat : la pauvre enfant ne pouvait plus entrer dans une pièce sans entendre « Salut Nutella ! »…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas si grave, mon ami kaki, ne t’en fais pas ! Profite de ces délicieux instants virils. Le pays sera fier de toi !&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2410934196286274191?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2410934196286274191/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2410934196286274191' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2410934196286274191'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2410934196286274191'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/08/du-cul-du-cul-du-cul.html' title='Du cul, du cul, du cul !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLbR6ZyTImI/AAAAAAAAAHg/hQ5rbZTz22o/s72-c/affiche-La-Toubib-du-regiment-Dottoressa-del-distretto-militare-1976-1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-8328713459903958593</id><published>2008-08-23T07:00:00.000-07:00</published><updated>2008-08-23T07:14:22.085-07:00</updated><title type='text'>Le Comité des TIC</title><content type='html'>&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLAZk9hFR8I/AAAAAAAAAEU/sMyvCwox7NU/s1600-h/NumÃ©riser0001.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5237714489411192770" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLAZk9hFR8I/AAAAAAAAAEU/sMyvCwox7NU/s400/Num%C3%A9riser0001.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;J’aime mon adjudant-chef. Je n’aurais pas dit cela des tortionnaires rencontrés pendant les classes, c’est certain, mais lui est vraiment adorable. Un lundi après-midi, il me regarde après avoir baillé et me dit d’un air fatigué :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Tu rentres demain ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est en même temps la question et la réponse. Le ton interrogatif s’est perdu en cours de route et la réflexion s’est mue en une certitude. C’est un ordre ! Le doute se lisant sur mon visage, il confirme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-J’ai pas besoin de toi cette semaine, je te fais un mot, tu pars demain. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;-Euh… merci mon adjudant.&lt;br /&gt;-De rien, dit-il en baillant une nouvelle fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je fais un rapide calcul, je ne suis plus en 5-9 mais en… 2-12 !!! Mes copains de chambrée vont lacérer mon matelas et pisser dans mon armoire en mon absence, c’est sûr ! Muni du document promis, je sors de la base le lendemain à 17h. Seul inconvénient : aucun bus n’est prévu le mardi à 17h pour emmener les appelés à la gare de Toul. Je fais donc du stop et parviens à prendre un train du soir ! Ce régime de faveur se produira deux ou trois fois dans l’année.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLAZB_Xcb6I/AAAAAAAAAEM/jzYGH14Dns0/s1600-h/NumÃ©riser0001.jpg"&gt;&lt;/a&gt;L’adjudant-chef Truc est cool. C’est ça, il est cool. Mais sa cool attitude peut vraiment s’épanouir en l’absence de Mme Machin (ingénieur de Météo France, et donc une civile), responsable du service. L’ambiance est alors relaxe. Et quand le sergent Bidule est de service la même semaine, on est plus dans « Le Grand Sommeil » ou « Les Grandes Vacances » que dans « Speed » ou dans « La Maison de l’angoisse ». À la limite de l’abandon de poste. Les TIC (Travaux d’Intérêt Collectif) relèvent alors du superflu. On dirait même que me voir passer le balai le fatigue, mon adjudant-chef. Non pas qu’il soit un militaire las et désabusé portant un regard distancié sur les choses, mais simplement, il n’est pas obsédé par l’ordre et les sols qui brillent. Il n’est pas rare qu’en me voyant sortir (bruyamment, car j’ai compris le truc) balai et serpillière, il m’arrête dans mon élan :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Laisse tomber, c’est pas sale. On verra demain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en est tout autrement lorsque le duo Mme Machin-Sergent Chose est aux manettes. Même s’ils ne s’apprécient pas outre mesure, ils se sont bien trouvés car tous deux cultivent un penchant pour l’ordre. Mais pour des raisons différentes. Le sergent Chose est un soldat discipliné qui obéit et respecte la hiérarchie. Bref, il n’est pas là pour rigoler et si le règlement dit qu’il faut nettoyer son lieu de travail chaque matin, eh bien son lieu de travail sera nettoyé chaque matin (pas par lui, évidemment, mais par le charmant aide-météorologiste) ! En plus de me rappeler qu’il est l’heure que j’accomplisse mon devoir (j’ai tendance à oublier ce genre de détails), il m’intime l’ordre de mettre de la javel deux fois par semaine. Et que je mets les gants, et que je javellise tout, et que je rince ensuite après… Adjudant-chef Truc, réveille-toi, il est devenu fou !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mme Machin, elle, est une civile plus militaire que les militaires. Est-ce justement parce qu’elle est une civile ou bien parce qu’elle est une femme dans un milieu majoritairement masculin ? Toujours est-il qu’elle tient à asseoir son autorité. Sur les TIC plus que sur toute autre chose. Fée de son propre logis, elle n’envisage pas une seconde que les mêmes règles ne s’appliquent pas au service météo. Il faut que ça brille, que ça sente bon (comme dans la chanson de Brel, « Les Vieux »). Et pas question de laisser une micro-tache sur le sol, car elle vérifie, la vache ! Elle est capable de venir me chercher alors que je lis ou que j’écris une lettre à ma copine, de m’emmener jusque dans un coin de la pièce et de tendre le doigt vers une saleté invisible à l’œil nu en me disant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-C’est quoi, ça ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De deux choses l’une, ou je n’ai pas vu la tache en question, ou je n’ai simplement pas réussi à l’enlever (et cela ne m’a pas perturbé plus que ça). À l’entendre gémir, j’ai l’impression que j’aurais dû la prévenir immédiatement afin de mettre en place les mesures nécessaires. Cette femme-là manque un peu de mesure, me dis-je (même si les mots n’étaient pas exactement ceux-là, sur le coup). Les premières fois, je bafouille et je nettoie tête baissée la vilaine tache récalcitrante. Par la suite, après avoir mieux compris le mode de pensée de ma chef, j’opterai pour une stratégie que j’ose qualifier de géniale. Quand elle m’explique la méthode ou le produit à utiliser, plutôt que d’obtempérer, je joue les couillons. Dame, je ne suis qu’un appelé, je ne suis pas ingénieur à Météo France ! Mme Machin se fâche alors toute rouge, m’arrache la serpillière des mains en criant « C’est quand même pas compliqué !! » et… fait le travail à ma place ! J’observe la scène avec une certaine jubilation, cela va sans dire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 22 février 1996, Jacques Chirac prononce son discours annonçant la fin de la conscription. La France s’achemine vers une armée de métier. La nouvelle fait grand bruit à Toul-Rosières comme dans toutes les bases de France. J’assiste à certaines discussions à la météo et je constate, abasourdi, que la question n°1 que se posent les militaires (et Mme Machin) est la suivante : « Mais qui va faire le ménage ? »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Engagez-vous, qu’ils disaient…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLAYK4v9gfI/AAAAAAAAAEE/AHx-lMWKr98/s1600-h/NumÃ©riser0001.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-8328713459903958593?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/8328713459903958593/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=8328713459903958593' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8328713459903958593'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8328713459903958593'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/08/le-comit-des-tic.html' title='Le Comité des TIC'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SLAZk9hFR8I/AAAAAAAAAEU/sMyvCwox7NU/s72-c/Num%C3%A9riser0001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2385576291424422933</id><published>2008-08-03T08:48:00.001-07:00</published><updated>2008-08-04T05:23:55.993-07:00</updated><title type='text'>Le droit de savoir</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp2.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SJXTaWJ6ojI/AAAAAAAAADs/UAz_NmeMZcM/s1600-h/topgun_800px.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5230318991837930034" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp2.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SJXTaWJ6ojI/AAAAAAAAADs/UAz_NmeMZcM/s320/topgun_800px.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Un petit matin comme les autres. Petit café, petit croissant, petits crayons de couleur… L’ambiance est calme (Madame Machin n’est pas là aujourd’hui), la radio grésille. Le sergent Bidule, qui est de garde ce soir, mâchonne son stylo en se demandant s’il regardera la soirée Théma sur Chateaubriand ou la cassette vidéo qu’il a amenée, « L’hôtesse n’a pas de culotte ». L’adjudant Truc arrive et me tend avec un sourire une feuille qu’il a prise en passant par l’administration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Tenez, vous allez être augmenté !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On va être trois, c’est ça ? Eh, je la connais la blague. Je jette quand même un œil : c’est une circulaire officielle annonçant que la solde des appelés du contingent va effectivement augmenter. Elle passe de 516 francs à… suspense… 531 ! Je cherche sur l’en-tête de la feuille le sigle FDG (pour Foutage De Gueule) mais ne le trouve point. Quinze francs, que puis-je m’acheter avec quinze francs ? J’y suis, trois canettes de bière ! Quand on est soldat, il faut penser en soldat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’après-midi, des bruits de couloir nous parviennent : la télé va venir après-demain ! Sans blague ? Gérard Klein vient visiter la base avec une bande de gamins pour son émission « Va Savoir ». Ils veulent tout voir : les avions, les radars, les pompiers, les pilotes, la piste… tout, sauf la météo bien sûr ! Remarquez, je les comprends. Nous ne sommes pas le service le plus palpitant de Toul. J’imagine Madame Machin expliquant mon travail :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Chaque matin, notre aide-météorologiste colorie les cartes en bleu, rouge et jaune. Il ne faut pas dépasser, c’est un travail de haute précision.&lt;br /&gt;-Oooooooh ! s’exclameraient les enfants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Assez vite, les différents services concernés sont briefés et là, on ne rigole plus. L’obsession première de l’armée étant son image, tout doit être lisse et surtout très mais alors très flatteur. Chez les pompiers, qui se trouvent à une porte de la météo, on a choisi parmi les appelés les plus « présentables ». Sont donc restés sur le carreau les gros, les moches, les noirs et les arabes. Normal. Le soldat français doit être athlétique, beau et blanc. Conséquence : les adjudants quinquagénaires gras du bide aux cheveux gris sont sommés de rester cloîtrés dans leurs bureaux. Ordre du lieutenant-colonel. Véridique ! On cache les bouteilles, on arrête de jouer au démineur, on range les revues pornos, on cire les chaussures et on se passe un coup de peigne. Nous sommes au théâtre, on va frapper les trois coups. Plus Guignol que Racine, quand même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour du tournage, je croise Gérard Klein dans l’escalier, il me dit « &lt;em&gt;Bonjour&lt;/em&gt; ». Le sergent Chose me dira le lendemain qu’il lui a serré la main. Le gars est sympa et laisse un bon souvenir à tout le monde (c’est « L’Instit » quand même !), mais je n’en sais pas plus. Deux mois plus tard, l’émission est diffusée. Un grand moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Scène 1 – Extérieur Jour – Piste d’envol&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Un avion de chasse Mirage atterrit sur la base de Toul-Rosières. Ça en jette, c’est sûr, même si ces appareils ne sont pas de première jeunesse. Une intro rock rythme l’image, c’est une chanson des Beatles… « Back In USSR » ! Si ça, c’est pas de la subversion ! S’ils avaient compris l’anglais, les gradés se seraient étouffés en buvant leur Kronenbourg.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Scène 2 – Intérieur Jour – Salle des pilotes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Après une telle entrée en matière, les pilotes se devaient d’être à la hauteur. Pas question d’arriver le pas traînant, la clope au bec, l’air blasé, comme à leur habitude. Les cameramen immortalisent… une scène de musculation. Et on travaille les pecs, et on se sculpte les abdos, et on souffle ! Les appelés qui travaillent dans leur sillage assistent à une scène de science-fiction car, évidemment, les pilotes ne font jamais de sport. Les appareils de muscu ont été sortis du local à balais pour l’occasion et risquent bien de grincer avant de se désintégrer. Qu’importe, cela ne durera que dix minutes et les bras luisant de sueur feront effet à l’écran.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Scène 3 – Intérieur Jour – Couloir&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Un pilote va chercher un gilet de sauvetage oublié dans un vieux placard et se lance dans une démonstration d’hôtesse de l’air. Il y a peu de chances qu’un avion décollant de Toul ne voit jamais la mer et encore moins qu’il soit descendu au-dessus de l’océan, mais le pilote y croit. Il tire sur deux lanières pour gonfler automatiquement le gilet… qui crève sous l’effet du choc ! Un « &lt;em&gt;Pan !&lt;/em&gt; » suivi d’un « &lt;em&gt;Pffff…&lt;/em&gt; » achèvent de convaincre le téléspectateur qu’il n’est pas en train de regarder « Top Gun ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Scène 4 – Intérieur Jour – Caserne des pompiers&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Les pompiers ont sélectionné une poignée d’appelés énergiques et obéissants qui se jettent sans sourciller dans le vide en s’agrippant à la barre. Plongée, contre-plongée, montage vif… on pourrait presque croire que la vie à la base est trépidante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Scène 5 – Intérieur Jour – Salle des communications&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;Dans une semi-obscurité où crépitent des fax et où clignotent des radars (ambiance thriller militaire à la Steven Seagal), un sous-off explique à la classe que les appareils qu’ils ont à leur disposition sont anciens et peu performants. Ouch ! À la diffusion de l’émission, il sera vertement réprimandé par le lieutenant-colonel et passera à deux doigts du conseil de guerre Les civils n’ont pas à savoir que leur armée est pauvre, voire ringarde. Même s’ils s’en doutent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certainement que le lieut-co’ a offert une coupe à Gérard Klein et qu’une photo a immortalisé ce moment. La diffusion de l’émission alimente les commérages chez les appelés. Nous n’avons pas assisté à un travail d’investigation très poussé mais on s’est tout de même bien marré. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Bref, tout le monde est content. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2385576291424422933?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2385576291424422933/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2385576291424422933' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2385576291424422933'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2385576291424422933'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/08/le-droit-de-savoir.html' title='Le droit de savoir'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp2.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SJXTaWJ6ojI/AAAAAAAAADs/UAz_NmeMZcM/s72-c/topgun_800px.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-4172414992155590954</id><published>2008-07-19T04:50:00.001-07:00</published><updated>2008-07-19T04:55:23.284-07:00</updated><title type='text'>Du rififi chez les hommes</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp0.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SIHVALYhChI/AAAAAAAAADk/pwyrqWDMlVo/s1600-h/rd.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5224691241758820882" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp0.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SIHVALYhChI/AAAAAAAAADk/pwyrqWDMlVo/s320/rd.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mon 5-9 (5 jours sur base, 9 jours… chez moi) ne s’est mis en place qu’au bout d’un mois. Je prendrai assez vite le pli. C’est fou comme on s’adapte dans ces cas-là ! Tout au long de l’année, j’en profiterai pour rejoindre ma mie à Berlin et partir ensuite avec elle à Venise ou à La Rochelle. Moi qui pensais que mon service allait me couper du monde pendant dix mois… À chaque retour de voyage, je sens mes compagnons très envieux, mais aucun ne me fait de reproches ou ne me boude. Je ne fréquente que des gentlemen. Il n’empêche que le dimanche soir est toujours un peu déprimant. Prendre un train à la gare de l’Est vers 17h puis un car deux heures plus tard à Toul est beaucoup moins exotique qu’une gondole vénitienne ou même qu’un tramway berlinois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dimanche de mars, nous arrivons comme d’habitude à la base mais au lieu de nous déposer devant nos bâtiments, le chauffeur fait un détour. Nous sommes un peu surpris, a-t-on organisé une petite réception pour marquer notre retour ? Ou bien sait-on que c’est mon anniversaire ? Le sergent ne nous dit évidemment rien. Le car s’arrête finalement et on nous demande de descendre avec une extrême douceur. Les téméraires qui osent un « &lt;em&gt;Mais pourquoi on doit descendre ici, sergent ?&lt;/em&gt; » reçoivent en pleine figure un « &lt;em&gt;Parce que je vous le demande !!!&lt;/em&gt; » Mieux vaut ne pas insister, cela serait pris pour de la mutinerie. Un flash me revient : à la fin de « La Grande Evasion », les prisonniers évadés repris sont mitraillés depuis le camion qui les ramène au camp, alors qu’ils se dégourdissent les jambes. Inquiet, je jette un œil aux alentours. Rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Entrez dans le bâtiment, magnez-vous le cul !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous obéissons. À l’entrée, je remarque deux types aux cheveux ras habillés en civil, qui nous regardent passer un à un. Cela sent le poulet, tout à coup. Nous sommes une trentaine à pénétrer dans un long couloir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous vous mettez dos au mur et vous mettez votre sac en face de vous, contre l’autre mur !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon, d’accord, jusque là c’est facile. On se demande toujours ce qui se passe. Les deux flics se sont mis bien en évidence devant l’entrée, les bras croisés, le regard dur. Pas la peine de leur demander si on peut sortir pour aller pisser. Ils ont de l’humour mais faut pas pousser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Maintenant, vous vous accroupissez ! Allez, magnez-vous le cul !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand un militaire tient une expression, il la garde et la refourgue dans toutes ses phrases. Nous nous accroupissons donc. On sent les types au taquet. Le moindre pet et ils dégainent. Mais vous pensez trouver qui parmi nous ? Un terroriste, un Corse, Albert Spaggiari ? Igor fait alors son apparition. Impérial, digne, racé. Il n’a pas l’insulte à la bouche comme les autres et surtout il ne nous prend pas de haut. Il faut dire qu’il doit lever la tête pour nous voir. Igor est un chien. Son maître, un gendarme moustachu, le tient en laisse et le fait passer devant chaque sac.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Cherche Igor ! Cherche ! Allez cherche, mon chien !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Igor est comme fou, il renifle chaque fermeture, chaque poche, chaque lanière. À la recherche de quoi ?... Bon sang mais c’est bien sûr ! De la chnouf ! La brigade des stups ne savait pas quoi faire de son dimanche soir. « &lt;em&gt;Et si on faisait une descente à la base de Toul ? On choppera bien un appelé avec un sachet de Marie-jeanne.&lt;/em&gt; » Rien de tel qu’une bonne arrestation et qu’un bon passage à tabac pour finir le week-end. Et après, vous ferez pareil dans les quartiers des sous-officiers ? Il est vrai que les chiens policiers ne sont pas entraînés à détecter l’alcool (qui est pourtant interdit sur la base)…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Igor continue son travail de recherche, s’arrête, repart, change d’avis. Le suspense est à son comble. Va-t-il plonger son museau dans une valise et le ressortir blanc de cocaïne ? Brusquement, le limier stoppe. Le gendarme ouvre grand les yeux, les flics mettent la main sur la crosse de leur arme. Igor a-t-il décroché le Jackpot ? Non… Igor lève simplement la patte pour se soulager sur un sac ! Hilarité générale parmi les bidasses. Les « chefs », eux, ne rigolent pas du tout. Frustrés, ils affichent un regard mauvais. Igor arrive au bout du couloir et se retourne vers son maître qui lui donne un morceau de sucre à contrecœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Allez, tout le monde se lève !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et on se « &lt;em&gt;magne le cul&lt;/em&gt; », c’est ça ? Nous nous redressons et repartons en direction de la sortie. En nous voyant passer, les flics ne se fendent ni d’un « &lt;em&gt;bonne nuit&lt;/em&gt; » ni d’un « &lt;em&gt;excusez-nous&lt;/em&gt; ». Pas le genre de la maison. Je trouve un peu hallucinant d’avoir été traité comme un délinquant ou un trafiquant de drogue. Moi l’étudiant en droit, moi le fils de juge ! Mais je remarquerai au fil des mois que mes collègues ne sont pas tous aussi vertueux. Certains ont des casiers judiciaires longs comme le bras, d’autres sont sur le point de franchir la ligne. Un jour, un de mes compagnons de chambre m’explique sans rire qu’il envisage de faire carrière dans le trafic des voitures volées, qui est très rémunérateur… Sur la base, il est de notoriété publique qu’un des appelés porte en permanence sur lui un revolver. Deux autres ont fait un soir la fiesta à Nancy (vol de voitures, conduite en état d’ivresse, course-poursuite avec la police…) et ont écopé de trois ans de prison, qu’ils purgeront à la fin de leur service, ce qui les rend un peu sur les nerfs, les p’tits chéris…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’espère que je ne vais pas être « contaminé » à fréquenter tous ces voyous. Heureusement que je pars pour Berlin la semaine prochaine…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-4172414992155590954?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/4172414992155590954/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=4172414992155590954' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4172414992155590954'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4172414992155590954'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/07/du-rififi-chez-les-hommes.html' title='Du rififi chez les hommes'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp0.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SIHVALYhChI/AAAAAAAAADk/pwyrqWDMlVo/s72-c/rd.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-168315364120792415</id><published>2008-07-12T08:07:00.001-07:00</published><updated>2008-07-12T08:10:34.952-07:00</updated><title type='text'>Mondo Météo (2)</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SHjIxUlypWI/AAAAAAAAADc/V1FCebJUqlM/s1600-h/yper_barbapapa06.gif"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5222144517602452834" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SHjIxUlypWI/AAAAAAAAADc/V1FCebJUqlM/s320/yper_barbapapa06.gif" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Mon emploi du temps à la météo de la base de Toul est réglé comme du papier à musique et ne connaîtra quasiment jamais de modifications.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;5h20 :&lt;/strong&gt; je me réveille alors que mes trois camarades de chambre dorment du sommeil du juste. Eh oui, à la météo, on commence à 6h quand toute la base s’anime à 8h. Il faut que les cartes soient prêtes quand Tom Cruise et Val Kilmer s’installeront dans leurs cockpits. Une telle mission motive pour se lever ! D’autant que c’est le seul vrai inconvénient de mon affectation où, je le rappelle, je ne suis qu’une semaine sur deux… Je prends assez rapidement l’habitude de prendre une douche le soir plutôt que le matin, histoire d’avoir dix minutes de nuit supplémentaires. Je me lève, je revêts mon bel uniforme bleu et j’ajuste ma cravate (dont j’aurais fait le nœud une fois pour toutes !).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;5h40 :&lt;/strong&gt; je pars…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;6h :&lt;/strong&gt; … et j’arrive enfin après avoir traversé la base. En hiver, marcher vingt minutes quand il fait 0° n’est pas ma blague préférée. Il m’arrive même de courir pour ne pas tomber d’inanition. Je croise parfois des fuscos, mes frères d’armes, qui sont chargés de la sécurité de la base. Dire que si l’on ne m’avait pas viré de Drachenbronn, j’aurais fait des rondes une partie de la nuit, traîné par un berger allemand ! C’est ballot. Arrivé à la météo, je serre la main du sergent Chose ou du sergent Bidule, selon les semaines. Ils dorment sur place car le service météo doit pouvoir fonctionner 24h/24. Premier réflexe : nous buvons un petit café. On ne va pas se tuer au travail, non plus…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;6h15 :&lt;/strong&gt; hup hup hup, barbatruc ! Je décroche les cartes de la veille (pluies, vents, pressions…), je réceptionne les nouvelles cartes que nous envoie Météo France et je les colorie ! En bleu les courants froids, en rouge les courants chaud et en jaune les courants… entre les deux (franchement, je ne m’en rappelle plus !!) Après ça, je les accroche au mur. Hep hep hep, encore une bonne chose de faite !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;7h :&lt;/strong&gt; première pause, on n’est pas des bœufs. On reprend un café que l’on déguste avec des croissants (!), généralement en regardant les clips vidéo sur M6…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;7h20 :&lt;/strong&gt; retour au boulot, il y a de nouvelles cartes à colorier avec plein de couleurs chatoyantes. Même que j’y arrive sans déborder !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;7h45 :&lt;/strong&gt; mon travail d’aide-météorologiste est terminé pour la journée ! Six mois plus tard, le sergent Chose m’avouera que mon travail est purement symbolique et qu’ils se moquent tous comme de l’an 40 que les vents soient coloriés en rouge ou en bleu. Mais comme ils se voient attribuer un appelé, il faut bien lui donner quelque chose à faire… Leçon n°1 des sous-officiers : pas d’affrontement direct, il faut s’adapter à l’absurdité ou mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;8h :&lt;/strong&gt; Madame Machin arrive. Le calme est terminé… Son débit de paroles est impressionnant. Les premiers temps, je me fais avoir. Bien élevé, je prête attention à ce qu’elle raconte, alors que les sergents et l’adjudant-chef se carapatent pour le moindre prétexte. Ses sujets de conversation sont divers : les habitudes vestimentaires de son mari, la consistance des défécations de ses deux enfants, les impôts, ses dernières vacances, ses prochaines vacances, les emprunts bancaires, etc. On est au Café du Commerce mais ironiquement, le seul sujet qu’elle n’évoque pas est… le temps qu’il fait. Forcément.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;8h30 :&lt;/strong&gt; je m’attelle aux TIC (à dire plusieurs fois de suite à haute voix et le plus rapidement possible), à savoir les « Travaux d’Intérêt Collectif ». En gros, je passe le balai et tous les deux jours, la serpillière. Je n’ose pas dire que j’étais exempté de toute activité physique pendant les classes, j’ai peur de pousser le bouchon un peu loin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;8h45 :&lt;/strong&gt; comment dire ?.... glande, farniente, sieste, et ce jusqu’à 17h ! Je dois toute de même de temps en temps répondre au téléphone, mais je ne donne aucune info, je me contente d’aller chercher un sergent qui, lui, sera compétent pour répondre. Sinon, je fais mon courrier, j’écris quelques articles, je peux même parfois m’absenter pour aller à la bibliothèque. Et quand Madame Machin n’est pas là, délice suprême (en plus du silence qui règne), je regarde la télé avec l’adjudant-chef Truc, fan comme moi des « Mystères de l’Ouest »… Parfois, j’ai honte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;17h :&lt;/strong&gt; la journée est cette fois officiellement terminée et je quitte le bâtiment, épuisé. Je retrouve quelques compagnons d’infortune, nous devisons puis nous mangeons comme les poules vers 18h.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;18h45 :&lt;/strong&gt; nous nous dirigeons mollement vers le foyer, cette oasis au milieu du désert kaki. On n’y boit pas d’alcool (pour picoler, mieux vaut voir ça directement avec les gradés, ils savent où sont planquées les bouteilles. Normal, ce sont eux qui les amènent !) mais généralement, un café ou un chocolat chaud en grignotant des M&amp;amp;Ms. Puis, partie de billard ou de jeu vidéo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;20h :&lt;/strong&gt; on ferme ! Le foyer ne veut plus de nous. Il fait nuit noire et nous regagnons nos bâtiments respectifs. Nous sommes à dix kilomètres de toute vie. Sortir un boire un verre ou aller au cinéma relève du fantasme. À moins d’avoir une voiture ou de connaître quelqu’un qui en possède une. Ce qui n’est pas mon cas. Je suis donc contraint de naviguer entre la salle télé et ma chambre. Passionnant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;23h :&lt;/strong&gt; extinction des feux. Le sergent de garde passe dans chaque chambre pour nous border. Dans le noir, j’ai le temps de ressasser la journée passée. Comment ils disent déjà, sur le certificat de bonne conduite ? « &lt;em&gt;A participé à la défense de la nation&lt;/em&gt; ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ben tiens ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-168315364120792415?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/168315364120792415/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=168315364120792415' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/168315364120792415'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/168315364120792415'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/07/mondo-mto-2.html' title='Mondo Météo (2)'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SHjIxUlypWI/AAAAAAAAADc/V1FCebJUqlM/s72-c/yper_barbapapa06.gif' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-4831061128870062289</id><published>2008-07-04T01:11:00.000-07:00</published><updated>2008-07-05T00:43:44.722-07:00</updated><title type='text'>Mondo Météo (1)</title><content type='html'>&lt;a href="http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SG3bm5ND_DI/AAAAAAAAADU/ONhpglDhxA8/s1600-h/mÃ©tÃ©o.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5219069004429392946" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SG3bm5ND_DI/AAAAAAAAADU/ONhpglDhxA8/s320/m%C3%A9t%C3%A9o.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Je suis donc affecté au service météo en tant que aide-météorologiste. En attendant de savoir en quoi consiste ce poste à (certainement très) hautes responsabilités, je suis présenté à mes supérieurs : Madame Machin, une ingénieur dépêchée par Météo France, dirige le service. Si le sergent-chef Bouledogue voyait ça… Non seulement, c’est une femme qui commande, mais en plus, c’est une civile ! L’ennemi est dans Troie. Je suis comme Charlton Heston rencontrant enfin un semblable sur la planète des singes. Je m’apprête à l’appeler « maman » en tendant mes bras vers elle, mais son ton froid met tout de suite une distance entre nous. Heureusement, l’adjudant-chef Truc, un grand gaillard moustachu, le sergent Bidule, un roux rondouillard, et le sergent Chose, un brun carré, sont de prime abord très sympathiques. Ce qui est quand même un comble…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un appelé, que je serai amené à remplacer, me met au parfum : les gradés sont sympas, le travail est facile et on est en 5-9. En 5-9 ? Je n’ai pas sur moi le carnet des codes secrets de l’armée française ni de machine Enigma, et je suis bien en peine de comprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Cela veut dire 5 jours sur base, 9 jours de récupération.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Récupération ? C’est si dur que ça ? On va m’envoyer dans un centre de remise en forme pour appelés, comme les espions après des missions périlleuses derrière le Rideau de fer ? Ou bien est-ce que… J’ai peur de trop bien comprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-De récupération… où ?&lt;br /&gt;-Eh bien, chez toi !&lt;br /&gt;-Chez moi ?&lt;br /&gt;-Chez toi ou ailleurs, tu fais ce que tu veux ! T’es libre !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Libre ? On ne va pas m’obliger à porter un bracelet électronique à la cheville ? Non, non. Une semaine sur deux, je serai en vacances. J’arriverai le dimanche soir pour repartir le vendredi en fin d’après-midi, et je ne reviendrai que neuf jours plus tard… Mais ils ne veulent pas de moi ou quoi ? Autant me réformer tout de suite ! Je crois rêver, quand même. Il y a encore trois minutes, j’étais un cochon entrant à l’abattoir, maintenant on m’annonce que non seulement je ne finirai pas en saucisses mais qu’en plus j’aurai à vie une mare de boue pour moi tout seul… 5-9 !! Plus fort que les 35 heures. Travailler moins pour gagner autant (soit 516 francs). Il n’y a que l’armée pour inventer un truc pareil. Les militaires, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains autres privilégiés sont en 7-7 mais la grande majorité est évidemment en 5-2. Pour les gars du Nord qui doivent changer de train à Paris, cela signifie chaque semaine arriver chez eux le vendredi à 23h et repartir le dimanche à 15h… Je sens que je vais faire des jaloux. Madame Machin me conseille d’ailleurs de ne pas dire à mes camarades que je suis en 5-9. Cela me paraît difficile. Ils vont bien se rendre compte que je ne suis pas là une semaine sur deux, non ? Et d’ailleurs, pourquoi ce 5-9 ? Elle me répond que deux appelés sont affectés à la météo et qu’il n’y a du travail que pour un, donc on alterne ! De l’absurdité considérée comme un des beaux-arts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’agit maintenant de savoir ce que je vais faire durant ces cinq jours. Quand je finirai mon service, on me remettra un « Certificat de pratique professionnelle » qui résumera mes activités :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Responsable du bon fonctionnement des appareils de réception de données, de la transmission de cartes « MIFOR ».&lt;br /&gt;-Seconde le prévisionniste dans la préparation de l’exposé météo quotidien à l’intention des pilotes.&lt;br /&gt;-Met en œuvre les cartes météo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Matériel mis en œuvre :&lt;br /&gt;-Micro-ordinateur, photocopieur (!)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mouais… Personnellement, je dirai plutôt :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Responsable de la photocopie, du coloriage et de l’accrochage au mur des cartes météo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Matériel mis en œuvre :&lt;br /&gt;-photocopieur, crayons de couleurs, balai, serpillière, machine à café.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus précisément, je dois chaque matin réceptionner par fax des cartes météo de la région et de la France, qui sont consultées par les pilotes avant leurs missions de bombardement. Puis, je colorie les différents courants et j’accroche les cartes au mur. Ça y est, j’ai fini !!!!! Le mot « aide » est presque trop fort, à la limite de la prétention. Ceci étant dit, les pilotes ne partiraient pas sans mes indications. Et c’est là que la fonction d’aide-météorologiste prend toute sa grandeur. Mon « Certificat de bonne conduite », reçu lui aussi à la sortie, le soulignera d’ailleurs avec un certain lyrisme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« A participé à la défense de la nation, fait preuve d’une bonne conduite et rendu de loyaux services pendant sa présence sous les drapeaux. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Yeah baby, yeah ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-4831061128870062289?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/4831061128870062289/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=4831061128870062289' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4831061128870062289'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4831061128870062289'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/07/mondo-mto-1.html' title='Mondo Météo (1)'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://bp1.blogger.com/_gRrjc3uxExI/SG3bm5ND_DI/AAAAAAAAADU/ONhpglDhxA8/s72-c/m%C3%A9t%C3%A9o.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-1439744374075335966</id><published>2008-06-27T03:50:00.001-07:00</published><updated>2008-07-04T01:16:19.644-07:00</updated><title type='text'>Après la pluie, le beau temps</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SGTGD-5cdII/AAAAAAAAADM/lHs2Yz84YZQ/s1600-h/armÃ©e+de+terre.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5216512040127722626" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SGTGD-5cdII/AAAAAAAAADM/lHs2Yz84YZQ/s320/arm%C3%A9e+de+terre.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sortir d’une base militaire où l’on a passé près d’un mois coupé du monde est une sensation unique. Plus qu’un soulagement, c’est un renouveau, une seconde naissance. J’imagine que sortir de prison ou d’une « nuit Jean-Luc Godard » doit procurer le même type d’impression. Partir de la gare de Toul en direction de Paris vous donne le vertige. Peut-être qu’on n’y reviendra plus, peut-être que le gouvernement va être renversé sous peu, que l’anarchie va s’installer et que les autorités auront d’autres chats à fouetter que de courir après des appelés déserteurs. En attendant, on savoure le moment présent. Croiser des femmes dans le hall de la gare a déjà été un choc, mais voir des vaches, des cyclistes, des moutons, des voitures, des villages et des collines relève de « La Quatrième Dimension ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À Paris, je retrouve la famille, à qui je relate mes exploits. Les « &lt;em&gt;le calot n’est pas un vagin&lt;/em&gt; » et autre « &lt;em&gt;Vous portez des tutus !&lt;/em&gt; » font leur petit effet. Moi-même, je ris, je me sens tout léger sans mes Rangers. Mes copains hallucinent. La plupart se sont fait réformer P4, ils voient tout ce qu’ils ratent. La perm’ dure huit jours, le luxe ! Mais j’ai à peine le temps de me réhabituer aux douches chaudes, aux vêtements confortables et à la bonne bouffe qu’il me faut remettre ça. Le lundi 8 janvier 1996, je reprends le train, la mort dans l’âme. Seule consolation : les classes sont terminées et je vais avoir mon affectation. À moins qu’un gradé un peu vicieux ait rayé sur mon dossier les deux premières lettres de « inapte » pour me renvoyer à Drachenbronn, je devrais occuper un poste administratif. Rien de bien palpitant, mais au moins, je ne ramperai pas dans la boue et ne désamorcerai pas de mines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le train arrive à Toul, à 22h34. 250 appelés en descendent. Certains ont encore sur l’estomac le rôti préparé à midi par maman, pour leur donner des forces. Un renvoi salvateur leur permet de retrouver des effluves de flageolets. En nous voyant sortir de la gare, nos chers gradés se regardent, affolés. Quoi, les gars ? Vous avez oublié les colliers de fleurs, c’est ça ? En réalité, il n’y a pas assez de cars pour nous ramener tous à la base. Je rêve ! Je retrouve mon armée française, efficace et prévoyante, qui n’a évidemment pas changé en une semaine. Au bout d’une demi-heure, une délégation se forme spontanément pour aller s’enquérir de notre situation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Sergent, qu’est-ce qu’on fait ?&lt;br /&gt;-Vous attendez !!&lt;br /&gt;-Mais… pourquoi ?&lt;br /&gt;-Parce que je vous le demande !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mesdames et messieurs, voici l’ambidextre de la connerie. À tous les coups l’on gagne ! Les portables n’existant pas à l’époque, une première fournée de chanceux embarque à bord des deux (!) cars. Une fois arrivés là-bas, les chauffeurs reviendront avec des renforts. Eh bien, on a le temps ! On s’assied sur le trottoir, on discute de tout et de rien, du dernier James Bond (« GoldenEye »), de ce qu’on a fait en perm’, on s’échange des recettes de rôti aux flageolets, etc. À 1h15 du matin, les cars arrivent enfin ! À 2h, nous sommes à la base. À 5h45, nous sommes réveillés. Bienvenue à Toul !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, pas de cours d’armement, pas de marche forcée, pas d’inspection surprise des chambres, pas d’invectives machistes… Non, les classes sont bel et bien terminées ! Nous sommes devenus des hommes. Qu’allons-nous faire en attendant nos affectations ? Eh bien rien, bien sûr, cette question ! Nous glandons dans les chambres et les couloirs. La discipline se relâche, c’est évident. Un attroupement se forme un moment autour d’un magazine de cul tout juste sorti d’une valise, puis il faut trouver d’autres occupations. J’écris une lettre à ma nouvelle dulcinée (et future épouse), j’écoute la radio (où j’apprends la mort de Mitterrand), je baille, je somnole… À 16h30, des bruits de bottes se font entendre dans le couloir. Notre adjudant chéri (celui de « ‘on’ c’est un con ») débarque avec une liste. Il énumère quatre noms. Je n’en suis pas. Il s’agit de quatre pistonnés qu’on renvoie immédiatement à Paris où ils feront leur service en tant que chauffeur. Dé-goû-té !!!! Quand je pense qu’il fut un temps question pour moi de bénéficier d’un passe-droit pour rester dans la capitale et que cela n’a pas marché…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, nous partons à une quinzaine en direction du bâtiment situé au bord de la piste de décollage. Une tour avec des baies vitrées sur laquelle tourne un radar, avec en dessous la caserne des pompiers… cela me rappelle quelque chose. Bien sûr, j’avais le même en Légo ! Au bureau administratif, une gradée très sympa doit nous donner nos affectations. Tout le monde crie dans tous les sens et veut savoir à quelle sauce il va être mangé. Elle s’en amuse et ne fait rien pour nous faire baisser d’un ton. Il n’y a pas à dire, l’atmosphère est différente ! Je parviens à lui glisser mon nom à l’oreille, elle regarde dans un dossier : je suis aide-météorologiste !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’en comprendrai plus tard la raison : lors de mon passage-éclair à Nancy, j’avais fait une demande pour la météo, car une place était libre à Paris. Je n’avais pas obtenu le poste mais cela m’avait suivi dans mon dossier. Pourquoi pas, après tout ? La gradée se propose de m’accompagner à la météo, qui se trouve dans ce bâtiment au troisième étage, mais en sortant du bureau, nous croisons mes supérieurs : Madame Machin et l’adjudant-chef Truc. Présentations rapides et courtoises, puis l’improbable se produit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Eh bien, puisque vous êtes là, venez avec nous, on va manger la galette !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Abasourdi, je les suis jusqu’à la salle des communications où tous les gradés en uniformes bleus fêtent l’épiphanie. Les bouchons de champagne sautent, on sent une bonne ambiance. S’il y a une alerte rouge, personne ne s’en rendra compte… Je ne suis pas là depuis deux minutes que j’ai déjà en main un verre de cidre et une part de galette. De nouveau, je suis transporté dans un autre monde. Mes brimades sont bien loin, Drachenbronn n’a jamais existé. Si j’ai la fève, promis, je choisis Madame Machin comme reine ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-1439744374075335966?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/1439744374075335966/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=1439744374075335966' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1439744374075335966'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/1439744374075335966'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/06/aprs-la-pluie-le-beau-temps.html' title='Après la pluie, le beau temps'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SGTGD-5cdII/AAAAAAAAADM/lHs2Yz84YZQ/s72-c/arm%C3%A9e+de+terre.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-8120694602599454033</id><published>2008-06-22T04:54:00.000-07:00</published><updated>2008-06-22T10:07:31.143-07:00</updated><title type='text'>Le côté obscur de la Force</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SF5F7_PBXfI/AAAAAAAAADE/v6DXXljxG4A/s1600-h/Sans+titre.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5214682315430649330" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SF5F7_PBXfI/AAAAAAAAADE/v6DXXljxG4A/s320/Sans+titre.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le plus réjouissant chez les militaires est cette faculté qu’ils ont d'oublier le monde extérieur, sitôt les portes de la base franchies. Comme s’ils se retrouvaient dans un autre univers. La plupart pensent qu’ils ont atteint une vallée perdue où ils se présentent comme des dieux auprès d’une tribu d’indigènes craintifs et crédules qui ne se rendent pas compte de la supercherie. Ils peuvent ainsi dire n’importe quoi, faire toutes les fautes de français qu’ils veulent et donner les ordres les plus absurdes, la population locale n’y verra que du feu. Comment arrivent-ils à croire que nous n’avons pas de recul ? Comment ne réalisent-ils pas que nous portons sur cette comédie humaine ridicule un regard de civil ? Tout simplement parce qu’à leurs yeux, nous sommes désormais des militaires. Des hommes sans passé, des Jason Bourne qu’il faut rééduquer. Pour eux, c’est facile car ils sont totalement aveuglés par nos uniformes ! L’habit fait le moine. Je comprends mieux maintenant pourquoi les intimes de Don Diego de la Vega ne le reconnaissaient jamais quand il portait son petit masque de Zorro…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les appelés regardent ce spectacle d’un œil consterné. La plupart travaillent déjà depuis plusieurs années, d’autres sont étudiants. Ils ne se sentent en rien inférieurs à leurs gradés, car ils savent que ces derniers ne tiendraient pas deux jours dans le monde réel. Il ne faudrait pas croire pour autant que les bidasses sont tous des lumières. Certains ont grillé leur ampoule depuis longtemps. Dans chaque chambrée se trouve un cas. La loi des quotas, sans doute. Dans la mienne sévit celui qui mange ses déjections nasales (et qui pense qu’on ne le voit pas), dans celle d’à côté s’épanouit celui qui ne se lave jamais (et autour duquel les autres ont dû créer un barrage de parfum), etc. On trouve de tout : des discrets, des rebelles, des flatteurs, des soumis, des endormis, des motivés, des brutes, des intellos… Il y a un apprenti-boulanger, un routier, un agent immobilier, des étudiants en droit, en commerce, en sciences, en arts plastiques… Certains sont de la région, d’autres viennent de Paris ou du nord, de la ville ou de la banlieue. Il y a même trois Martiniquais arrachés à leur île qui supportent difficilement le climat de Toul. De temps à autre, ils tombent et il faut les ranimer (à la totale indifférence des sous-off’) !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La solidarité qui nous tient lieu de ligne de défense contre la bêtise crasse ne m’aveugle cependant pas longtemps. Tous ne sont pas animés d’un esprit rebelle. Je m’en rendrai compte lors de la correction d’un QCM sur les us et coutumes de l’armée. Question : « Si &lt;em&gt;un gradé vous donne un ordre illégal, devez-vous lui obéir ?&lt;/em&gt; » Fastoche, celle-là ! Et la prochaine, c’est « &lt;em&gt;Faut-il avoir bac +4 pour être sergent ? &lt;/em&gt;», c’est ça ? Le sous-officier interroge un de ses élèves qui répond, sûr de lui en bombant le torse :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Oui, il faut lui obéir et ensuite le signaler à un gradé supérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le sous-off’ est consterné. Moi aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Alors, si je vous demande de tuer un de vos camarades, vous allez le faire ?&lt;br /&gt;-Euh…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette totale soumission à l’autorité est monnaie courante. Et elle fait froid dans le dos. Elle permet de mieux comprendre sur quelles bases fonctionnent les dictatures. Vers la fin des classes (après trois semaines de franche rigolade), nous allons apprendre quelque chose d’assez stupéfiant : parmi les gradés qui nous encadrent depuis le début des festivités se trouvent… de nombreux appelés ! En effet, certains « bons éléments » repérés parmi le troupeau du contingent, se sont vus donner l’opportunité de toute une vie : commander. Comme des acteurs jouant à l’écran ce qu’ils ne sont pas dans la vie, ils s’en donnent à cœur joie. On peut même dire qu’ils se déchaînent (sur nous). Un petit grade (de caporal à sergent-chef), une bonne paie, une impunité totale pour les crimes à venir et chauffe Marcel !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais attendez une minute ! Cela signifie que le sergent-chef Bouledogue, le sergent Gueule-de-con, le caporal nous ayant traités de gonzesses devant le lieutenant-colonel et le sergent déformé qui nous a gueulé dessus en pleine nuit étaient… des appelés ? Des types comme moi qui ont reçu leur convocation, qui ont dit « au revoir » à leurs familles le cœur serré, qui se sont fait traiter de fiottes dès leurs arrivée et qui ont certainement maudit les gradés qui leur manquaient de respect ? Mais qu’est-ce qui a bien pu se passer ? Sont-ils animés par un esprit revanchard (genre « faire payer aux nouveaux ce qu’ils ont subi ») ? A-t-on pris leurs sœurs ou leurs mères en otage ? Ou bien est-ce un remake des « 12 Salopards », on les a recrutés parmi des psychopathes condamnés à mort ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pires sont les aspirants. Ceux-là sont de vrais pervers, car pour obtenir ce grade, il leur a fallu travailler bien avant d’être incorporés. Ils n’ont pas l’excuse (fallacieuse) de s’être trouvé là par hasard. Non, ils ont voulu être aspirant. Dixit Wikipedia, « &lt;em&gt;le grade d’aspirant est officiellement intermédiaire entre les grades de sous-officiers et d’officiers, mais il est assimilé aux officiers pour les fonctions, la discipline et la vie courante.&lt;/em&gt; » Donc, non seulement ils sont supérieurs aux appelés mais aussi aux adjudants quadra et quinquagénaires. Ces derniers doivent normalement les saluer quand ils les croisent, ce qui n’arrive évidemment jamais. Les vieux singes en ont vu d’autres et il n’est pas question de s’abaisser devant un petit con d’étudiant diplômé qui est déjà officier quand eux arrivent en fin de carrière sans espoir de promotion. Les aspirants se vengent alors sur nous. Ils savent que nous ne savons pas qu’ils font eux aussi leur service militaire et que nous n’oserons pas réagir. Ils nous crient dessus comme s’ils étaient sourds et se montrent inflexibles, même devant l’absurdité, l’incohérence, voire le burlesque de certaines situations. Vouloir faire entendre raison à un aspirant revient à tenter d’uriner droit dans les toilettes d’un train lancé à pleine vitesse. Un combat perdu d’avance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La perm’ de fin de classes se profile à l’horizon. Nous allons retrouver le monde « vrai », nos familles, nos amis, le plaisir de manger, la volupté de dormir, le ciné, la télé, etc. sauf si… :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Faites trrrrrèèèèès attention si vous voulez partir en perm’ ! Vous tiens à l’œil, moi, j’vous l’dis !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Connard. &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-8120694602599454033?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/8120694602599454033/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=8120694602599454033' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8120694602599454033'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/8120694602599454033'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/06/le-ct-obscur-de-la-force.html' title='Le côté obscur de la Force'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SF5F7_PBXfI/AAAAAAAAADE/v6DXXljxG4A/s72-c/Sans+titre.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-4630414007210904169</id><published>2008-06-13T00:01:00.000-07:00</published><updated>2008-06-13T01:34:00.464-07:00</updated><title type='text'>Feu !</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SFIVMLEZYPI/AAAAAAAAAC0/X2K1Cpwm3k4/s1600-h/feu.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5211251017694929138" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SFIVMLEZYPI/AAAAAAAAAC0/X2K1Cpwm3k4/s320/feu.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dormant du sommeil du juste après une nouvelle journée passée à m’élever intellectuellement, je suis réveillé en pleine nuit par des cris inhumains. On est en train de torturer quelqu’un ! Ça y est, ils se sont décidés à en prendre un au hasard, pour servir d’exemple ! La gégène est redevenue tendance ! J’ouvre les yeux, je relève la tête, inquiet. Mes compagnons font de même, je n’ai donc pas rêvé. Les cris et les gémissements sont bien réels. Mais à la réflexion, ils ne traduisent pas de la douleur, plutôt… du plaisir. Un plaisir brutal, sauvage, sans concessions. Au bout de cinq secondes, tout le monde a compris : le sergent de garde a placé le micro du haut-parleur sur sa télé. Le bâtiment entier a été réveillé par la bande-son d’un film porno ! En remerciement de ce doux moment de volupté, les deux cents appelés poussent des cris de joie, applaudissent et tapent du pied, faisant vibrer les murs. Satisfait, le sergent met fin à la séance de nuit (mince, on ne saura jamais comment finit le film !) et tout le monde se rendort, heureux. L’appelé a des plaisirs simples.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au réveil, la cote d’amour de notre sergent est au beau fixe, nous sommes prêts à tout pour lui. Comme si cela ne suffisait pas, il sort de sa hotte un nouveau cadeau : il nous annonce que nous allons procéder aujourd’hui à une séance de tir. Du cul, des flingues… si ce soir, il nous sert de la bière, le bonheur sera complet ! Nous allons tirer ! Et pas avec des balles à blanc, cette fois, comme à la guéguerre dans les sous-bois. Non, avec de la bastos de compét’, du pruneau homologué. On s’imagine déjà creusant des croix à l’extrémité de nos munitions avec nos couteaux pour mieux pénétrer les chairs. Des gamins apprenant qu’ils vont fêter leur anniversaire au MacDo ne seraient pas plus heureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais évidemment, on ne va pas faire ça tout de suite au saut du lit, ce ne serait pas raisonnable. Ce serait surtout trop rapide, trop efficace, et donc pas assez « armée française ». Il nous faut d’abord attendre une heure devant notre bâtiment, le temps qu’un gradé se décide à nous emmener dans une salle d’études à cinquante mètres de là, où un autre gradé, un adjudant fatigué, va se charger de nous apprendre à connaître notre arme, le fameux Famas. Un dessin représentant ce fusil d’assaut semi-automatique est accroché au tableau, comme ces vieilles cartes de France des écoles de notre enfance. Avec sa petite baguette, notre professeur va nous indiquer d’un ton las les différentes parties du fleuron de la Manufacture d’Armes de Saint-Etienne. Je me surprends à retrouver des réflexes de lycéen : je me balance sur ma chaise, je fais des petits dessins sur la table, je lance une vanne en chuchotant à mon voisin de devant…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ça vous intéresse pas, c’que j’raconte ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ouf, ce n’est pas moi qui me suis fait gauler, c’est l’autre ! J’ai l’impression d’avoir dix ans de moins. Gare à l’interro surprise ! Au bout d’une heure, le cours est terminé. Ça y est ? On peut y aller ? On va tirer ? Où qu’y sont les Rouges ? Hop, hop, hop… On se calme. De toute façon, il n’y a pas de champ de tir sur la base de Toul. Ah bah, nous v’là bien ! Eh non, il faut aller en car jusqu’à la base de Nancy. Vous avez dit… Nancy ? Le repaire de mes amis, les sergents Gueule-de-con et Bouledogue ? Et s’ils me reconnaissent ? Ils vont me descratcher ! Et cette fois, pas question d’échapper à la corvée de chiottes. J’inspire et j’expire dans un sac en papier pour me calmer puis je retrouve mes esprits. Je ne suis plus sous leur autorité, ils ne peuvent rien contre moi. Et puis, ils ont certainement d’autres bleus à fouetter…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous arrivons sur place en fin de matinée et nous roulons à travers la base pour nous arrêter dans un petit coin de forêt. Nous descendons mais un autochtone vient prévenir notre chef que le champ de tir est occupé. Celui-ci se décompose… le spectre de l’initiative personnelle s’est abattu sur lui ! On lit sur son visage comme dans un livre ouvert : « &lt;em&gt;Ah ben, on m’a dit de venir là avec les appelés, mais on m’a pas dit qu’est-ce qui faut que je fais si on peut pas tirer…&lt;/em&gt; » Au bout d’une minute d’intense réflexion, le père Fouras prend une sage décision : « &lt;em&gt;Bon, on attend !&lt;/em&gt; » Nos stagnons donc, comme d’habitude. Vers 11h40, nous sommes au taquet. L’odeur de la poudre, le bruit des détonations, voire peut-être le cri des cibles vivantes, tout cela nous met dans un état de fébrilité avancé. Enfin, nos prédécesseurs daignent évacuer les lieux, nous allons pouvoir laisser nos instincts s’exprimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vois arriver à ce moment-là un adjudant en voiture et avec lui la malédiction des armées : le contrordre. Cela ne rate pas : il est trop tard pour aller tirer, on doit aller au mess déjeuner. Allez, on remballe et pas de discussions ! Nous avons les jambes coupées, nous qui étions si prêts du but. Nous remontons dans le car, nous en descendons pour aller manger, puis nous y remontons pour enfin en redescendre. On ne nous distribue pas un Famas un par un à la descente des marches, cela serait trop beau. Non, il nous faut encore… attendre ! Pourquoi ? Parce que !!!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au bout d’une heure (!), la séance de tir peut enfin débuter. Nous passons par groupes de huit. Nous devons nous allonger, poser le Famas sur un talus et viser une cible située à cinquante mètres. Un coup, pas plus. Oooh, déception ! On ne tire pas une bonne rafale ? Non, juste une balle, les budgets ont été resserrés. Avant de devenir des hommes, on nous donne quelques directives : le fusil reste à terre dirigé vers la cible, en aucun cas on ne se retourne avec son arme, on ne pointe personne avec. OK, cela semble raisonnable. Mais tout de même, au vu des phénomènes qui se trouvent dans notre compagnie, le risque zéro n’existe pas. Le sergent lit dans mes pensées et nous montre un adjudant d’une trentaine d’années, placé debout derrière nous, un pistolet à la ceinture. Il a pour consigne… de dégainer et de nous tirer dessus en cas de crise de panique. En gros, si un appelé un peu fruste décide de se venger des humiliations de la veille. Ils n’ont peut-être pas tort de prendre leurs précautions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Il visera les jambes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah bon, ça va alors ! Nous sommes rassurés. Je suis sûr qu’il vise le gras de la cuisse pour limiter la douleur. Au secours ! Bon, je me retourne et je me concentre. Je dois armer le tromblon. Il faut pour cela tirer le levier d’armement -clic- vers soi et le relâcher -clac. Plus facile à dire qu’à faire. Vas-y, du nerf ! Ce n’est pas la languette d’ouverture d’une bouteille de lait, il ne va pas te rester dans la main. Clic-clac ! Ouf, ma virilité est sauve.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-N°5 !&lt;br /&gt;-Prêt ! dis-je en levant la main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est mon tour, je dois tirer. Je ferme un œil, j’appuis sur la détente, le coup part. Meurs, pourriture communiste ! Une secousse me parcourt le corps, c’est déjà fini. Je lâche à regret mon arme et comme les autres, je parcours les cinquante mètres qui me séparent de mon cadavre de carton. Un gradé, mon « coach », m’accompagne. Arrivés à destination, nous ne pouvons que constater l’étendue des dégâts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous lui avez fait peur… dit-il avec un sourire en coin. Vous ne lui avez pas fait beaucoup de mal mais vous lui avez fait peur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh oui… J’ai raté la cible ! Quelle humiliation ! Mais peut-être n’y suis-je pour rien. Si ça se trouve, le champ de tir a été construit sur un ancien cimetière indien et aucune balle n’a atteint sa cible. Je regarde vers les autres : la malédiction Sioux ne s’est abattue que sur moi. J’ai droit à une deuxième chance ? Non, pas le temps. Il est vrai qu’il leur a fallu déjà plusieurs heures pour mettre tout ça en œuvre. Une deuxième salve nécessiterait de bivouaquer ici. Je reviens sur mes pas, la tête basse, et me dirige vers l’instructeur chargé de nous noter. Lombard, 0/20. Oui, oh ça va ! On ne va pas en faire une chanson ! Au moins maintenant, vous savez à quoi vous en tenir : en cas de guerre, ne comptez pas sur moi ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-4630414007210904169?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/4630414007210904169/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=4630414007210904169' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4630414007210904169'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4630414007210904169'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/06/feu.html' title='Feu !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SFIVMLEZYPI/AAAAAAAAAC0/X2K1Cpwm3k4/s72-c/feu.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-5727871523736580834</id><published>2008-06-06T08:11:00.000-07:00</published><updated>2008-06-06T06:48:29.549-07:00</updated><title type='text'>L’ordre et le désordre</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SEjVFFfNkCI/AAAAAAAAACs/IjdOF-cFxJo/s1600-h/ordre.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5208647252403130402" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SEjVFFfNkCI/AAAAAAAAACs/IjdOF-cFxJo/s320/ordre.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les premiers temps, nous sommes très curieux. Tout est à découvrir. Nous ouvrons des yeux ronds, comme des femmes afghanes devant « Desperate Housewives ». On ne pouvait même pas imaginer qu’un tel monde existait. Au début, cela a même tendance à nous amuser. Enfiler un treillis, se mettre au garde-à-vous, faire claquer les talons de nos Rangers, c’est trop absurde, trop vu au cinéma pour que cela ne nous fasse pas rire. Ce qui nous vaut en général ce type d’échange avec nos supérieurs :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Pourquoi vous rigolez ? J’ai une tête de clown ?&lt;br /&gt;-Non, sergent.&lt;br /&gt;-Alors, pourquoi vous rigolez ?&lt;br /&gt;-Je ne rigole pas, sergent.&lt;br /&gt;-Je suis un menteur, c’est ce que vous dites ?&lt;br /&gt;etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gardiens de ce monde parallèle nous en enseignent les quatre règles essentielles : le gradé a toujours raison, le lit se fait au carré, nous sommes des lavettes et il est interdit de mettre les mains dans ses poches. Devant tous ces axiomes, nous nous interrogeons. Grave erreur. Un ingénu « &lt;em&gt;Mais pourquoi ?&lt;/em&gt; » de notre part a toutes les chances d’être suivi d’un implacable « &lt;em&gt;Parce que !!!!!&lt;/em&gt; ». Nos questions n’ont jamais de réponses, tout simplement parce que personne ne les connaît… Vouloir comprendre le bien-fondé d’une action militaire relève de la subversion. On a perdu des guerres pour moins que ça !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On nous apprend ainsi que le demi-tour gauche n’existe pas. Mais… pourquoi ? Parce que !!!! Même si c’est incompréhensible, c’est comme ça, c’est écrit, on ne touche pas aux textes sacrés de la sainte armée française. Des hommes ont versé leur sang pour en arriver là. Respect ! Que faire alors si un gradé vous ordonne d’effectuer un demi-tour gauche ? Surtout, ne pas bouger car c’est un piège, un guet-apens sournois. Trop d’appelés tombent dedans, aveuglés par la confiance en leurs supérieurs. Et là, pas la peine de protester, c’est inattaquable, c’est dans le manuel ! Le gradé a la loi pour lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un soir, un aspirant (fils de général, paraît-il) vient inspecter la propreté de notre chambrée et en profite pour nous faire passer des tests. Après un garde-à-vous de rigueur, il me demande un demi-tour gauche. Je l’ai vu venir à trois kilomètres et je ne bronche pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Pourquoi vous ne bougez pas ?&lt;br /&gt;-Parce que le demi-tour gauche n’existe pas, mon lieutenant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vois une petite flamme s’allumer dans son œil. Son action pédagogique n’aura pas été vaine. Satisfait, il me demande le demi-tour droite, que j’effectue avec conviction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Repos !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Juste avant de quitter la pièce et de verser une larme d’émotion dans le couloir, il me lance avec sincérité un encourageant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-C’est très bien, continuez comme ça !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il s’imagine quoi, le fils à papa ? J’ai fait quatre ans de droit (quatre ans de Deug, d’accord, mais quatre ans quand même !), je comprends l’anglais et l’allemand, j’ai écrit un livre et je m’apprête à faire mes débuts dans la presse écrite… et je devrais remuer la queue parce que je sais me retourner ? Mais je savais déjà avant, mon pote !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le plus étonnant, et l’on s’en rend compte au bout d’une semaine, est que cette rigidité n’empêche pas un désordre total. Les ordres et les contre-ordres se télescopent en permanence, car les dieux de l’Olympe ne se concertent jamais entre eux. Un adjudant se moque éperdument de ce qu’un sergent-chef a bien pu ordonner à ses troupes et n’hésitera pas à leur faire faire le contraire, sans aucune consultation. Et ce même sergent-chef sera capable de se venger sur un caporal, juste pour contrarier l’adjudant. La logique et le bon sens (sans même parler de l’intelligence, considérée comme un délit par le code militaire) ont été bannis une fois pour toute. À notre humble niveau, le résultat est pathétique : nous errons sans but comme des zombies. Nous obéissons au premier gueulard venu, alors on stagne, puis on part, on attend, on repart, on s’arrête, on recommence, bref c’est la chienlit !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devant ce manque de cohérence, un de nos instructeurs, un adjudant quinquagénaire plutôt sympa, avait une expression savoureuse. Quand on lui disait « &lt;em&gt;Mais mon adjudant, on nous a dit d’aller là-bas&lt;/em&gt; » ou « &lt;em&gt;on&lt;/em&gt; &lt;em&gt;nous a dit d’attendre&lt;/em&gt; » ou « &lt;em&gt;on nous a dit de revenir&lt;/em&gt; », il nous coupait aussi sec :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-‘On’, c’est un con ! Moi je vous ai dit de faire ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et quand il arrive que notre responsable se retrouve devant un fait imprévu, autrement dit quand un grain de sable grippe la machine, il fait moins le fier. C’est même carrément la panique ! Exemple : nous traversons la base pour nous rendre dans un lieu (armurerie, salle d’étude ou autre) et nous trouvons porte close… catastrophe !! Que faire ? Comment réagir ? Car malgré ses allures viriles, sa démarche assurée et son timbre de voix grave, le militaire de carrière reste un enfant, un enfant qui aurait peur du noir. Une créature fragile serrant son calot ou la crosse de son fusil comme un doudou pour conjurer le mauvais sort. Car chaque jour, le militaire peut être confronté à sa hantise, une chose encore plus cauchemardesque que le concours d’orthographe ou la prise de parole en public devant des civils : l’initiative personnelle. L’idée même de devoir prendre une décision alors qu’aucun ordre spécifique n’a été donné en ce sens est pour le sous-officier une source d’angoisse infinie. On croit rêver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;‘On’, c’est un con ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-5727871523736580834?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/5727871523736580834/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=5727871523736580834' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5727871523736580834'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5727871523736580834'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/06/lordre-et-le-dsordre.html' title='L’ordre et le désordre'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SEjVFFfNkCI/AAAAAAAAACs/IjdOF-cFxJo/s72-c/ordre.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-5838001204767181981</id><published>2008-05-30T08:25:00.000-07:00</published><updated>2008-05-29T23:30:27.213-07:00</updated><title type='text'>Une veste tout en métal</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SD-eEcndw0I/AAAAAAAAACk/0v5CXV8LPxw/s1600-h/8-full+metal.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5206053493501969218" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SD-eEcndw0I/AAAAAAAAACk/0v5CXV8LPxw/s320/8-full+metal.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;Arrachés à nos familles, nous vivons en vase clos dans un univers pour le moins rude. Nous sommes au mois de décembre à Toul et il fait entre -5° et 3° ; nos treillis ne sont pas faits pour ces températures. Les douches ne fonctionnent pas bien, elles sont soit brûlantes, soit glaciales. Les couvertures ne sont pas suffisamment épaisses… Heureusement qu’on ne paie pas !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gradés sont au courant, bien sûr, cela fait partie du processus. Ni confort, ni sécurité, ni contact avec l’extérieur, ni télé le soir, ni câlin avant d’aller au lit. La coupure doit être nette et notre formation intense. À mon avis, on va d’ici peu partir pour la Yougoslavie ou l’Irak. Très vite, une solidarité s’instaure entre nous tous, voire une intimité. Je ne pensais pas raconter les remous récents de ma vie sentimentale à un type que je ne connais que depuis deux jours. Mais cela se fait naturellement. Les barrières sociales disparaissent, tout le monde est dans la même galère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les quelques plaintes que nous osons formuler (sur les douches, par exemple) nous valent d’être rabroués illico. « &lt;em&gt;Z’êtes pas chez maman, bande de fiottes !&lt;/em&gt; » Et on nous fait comprendre que ce que nous vivons ici n’est rien par rapport à ce que d’autres ont vécu ailleurs. La belle affaire… Pour nous le prouver, on nous annonce que nous allons apprendre un chant. J’imagine aussitôt un chant patriotique et viril, qui exalterait les qualités des fondateurs de notre compagnie, toujours prêts à éventrer les Bolcheviks avec leurs baïonnettes et à hisser le drapeau tricolore sur un monceau de cadavres au sang impur. Bref, un chant couillu !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’en est rien. Nous devons mémoriser le « Chant des Marais », qui évoque le quotidien d’un camp de concentration allemand en 1933… Ce texte écrit dans des circonstances tragiques est loin, très loin, de nous remonter le moral : &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Dans ce camp morne et sauvage&lt;br /&gt;Entouré d’un mur de fer&lt;br /&gt;Il nous semble vivre en cage&lt;br /&gt;Au milieu d’un grand désert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bruit des pas et bruit des armes&lt;br /&gt;Sentinelles jour et nuit&lt;br /&gt;Et du sang, des cris, des larmes&lt;br /&gt;La mort pour celui qui fuit.&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Comment effectivement oser se plaindre après ça ? Il n’y a pas à dire, ils sont forts. Mais à ce jeu-là, notre lieutenant-colonel les bat à plates coutures. Nous sommes tous conviés le lendemain à le rencontrer à la salle de conférence. Nous sommes ravis : il y fait chaud et les fauteuils sont mœlleux à souhait. Certains d’ailleurs s’endormiront pendant le speech. Après quelques généralités sur notre place et notre rôle ici, le lieutenant-colonel nous propose de nous laisser la parole. Un appelé la prend courageusement pour se plaindre de l’état du lino dans les chambres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et que préconisez-vous ? demande le haut gradé avec un calme olympien.&lt;br /&gt;-Eh bien, de le réparer.&lt;br /&gt;-Et de quelle façon pensez-vous le réparer ?&lt;br /&gt;-En recollant les parties détachées.&lt;br /&gt;-Bien. Et de quoi avez-vous besoin ?&lt;br /&gt;-Euh… de scotch.&lt;br /&gt;-Et ensuite ?&lt;br /&gt;-Eh bien… il faudra coller les parties du lino…&lt;br /&gt;-Et comment utiliserez-vous ce scotch ?&lt;br /&gt;-… euh eh bien… en réunissant les deux parties et…&lt;br /&gt;-Et ensuite ?&lt;br /&gt;-… eh ben…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’appelé a perdu de son assurance devant l’avalanche de questions du lieut’-co, qui est resté imperturbable. Ce type doit lire des modes d’emploi pendant son temps libre, rien que pour le plaisir. Il met fin à la discussion d’un geste de la main mitterrandien, à la fois majestueux et méprisant. Notre cahier de doléances s’est refermé à jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ce soir, vous verrez un film.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon intérêt s’éveille brusquement, j’ouvre un œil. Un film ? Vrai ? On va pouvoir se détendre ? Penser à autre chose ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et ce film vous montrera que ce que vous vivez est moins dur que vous ne l’imaginez. J’ai moi-même vécu ce qui est décrit dans le film.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah oui, c’est quoi ? « Délivrance » ? « Funny Games » ? « Les Diplômés du dernier rang » ? Il fait une pause comme s’il voulait ménager son effet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ce film, c’est…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’accroche à mon fauteuil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-… « Full Metal Jacket ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je manque m’évanouir. C’est pas vrai, dites-moi que je rêve ? « Full Metal Jacket » ? Le film de Stanley Kubrick sur la formation des Marines par un officier sadique et autoritaire avant leur départ pour le Vietnam ? Non, c’est une blague, Marcel Beliveau va faire son apparition ! « Full Metal Jacket » ? Un grand film, c’est sûr, mais pas vraiment ce que j’ai envie de voir en ce moment. Dans le genre étouffant et déprimant, bonjour !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’aucun remarquera que projeter un film antimilitariste comme celui-là à des appelés du contingent ne manque pas de sel. Mais l’armée n’est pas à une contradiction près. Quant à moi, je ne suis pas assez bien disposé pour apprécier l’ironie de la chose. Le lieut’co (qui est d’origine vietnamienne, ce qui explique sans doute pourquoi il tient tant à nous montrer ce film) continue de parler mais je ne l’écoute plus. Je regarde autour de moi, cette annonce n’a pas eu l’air d’affoler mes collègues. Sur 150 personnes, je constaterai que seuls trois ou quatre connaissent le film. Les pauvres, ils ne savent pas à quoi ils vont être mangés. Bon Marcel, maintenant c’est plus drôle, il faut que tu sortes !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, après le dîner, nous repartons vers la salle de conférence. Je traîne les pieds. Moi qui ne vis que pour le cinéma !!! Mais j’ai eu mon overdose de kaki, d’ordres stupides et d’humiliations en tous genres pour ne pas sauter de joie à l’idée de retrouver tout ça puissance mille sur un écran. Nous nous installons. Le lieutenant-colonel n’est pas là mais deux caporaux, sûrs de leur supériorité intellectuelle, assurent l’intérim. Coup de théâtre : l’un d’eux monte sur la scène avec deux cassettes vidéo à la main. Il nous propose le choix entre « The Mask » et « Passager 57 ». Quoi ? Mais alors, « Full Metal Jacket », c’était une blague ? Ou bien encore de la torture psychologique ? Je n’y comprends plus rien. On vote : c’est « The Mask ». Je déteste ce film, c’est un pur navet. Je m’endors, épuisé physiquement et psychologiquement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y a pas à dire, ils sont vraiment très forts. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-5838001204767181981?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/5838001204767181981/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=5838001204767181981' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5838001204767181981'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5838001204767181981'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/une-veste-tout-en-mtal.html' title='Une veste tout en métal'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SD-eEcndw0I/AAAAAAAAACk/0v5CXV8LPxw/s72-c/8-full+metal.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-6506186449242460645</id><published>2008-05-23T02:01:00.001-07:00</published><updated>2008-05-23T02:03:15.077-07:00</updated><title type='text'>Les inaptes sont exemptés</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SDaIB8ndwzI/AAAAAAAAACc/uuu0nBpZ4wQ/s1600-h/7-inaptes.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5203495986506089266" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SDaIB8ndwzI/AAAAAAAAACc/uuu0nBpZ4wQ/s320/7-inaptes.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;  &lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Comme je l’ai dit, le fait d’avoir été déclaré « inapte » chez les commandos ne m’empêche pas de faire mon service militaire. Mais j’obtiens une compensation : on me dispense de toute activité physique. Mes camarades et moi changeons de statut, nous ne sommes plus des « inaptes » mais des « exemptés ». Tout est dans la nuance. À Drachenbronn, nous étions des indésirables, nous faisions honte aux fuscos. À Toul, malgré notre handicap, nous faisons partie de l’armée française. Cela fait chaud au cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La quinzaine d’« exemptés » est répartie dans différentes chambres, nous sommes donc totalement intégrés ! Sauf… quand il s’agit de traverser la base. Il se passe alors un phénomène des plus étranges. Nos camarades marchent comme s’ils défilaient sur les Champs Elysées, alignés et en cadence (au son de « &lt;em&gt;gauche ! droite ! gauche ! droite !&lt;/em&gt; » puis simplement « &lt;em&gt;gauche !... gauche !...&lt;/em&gt; » une fois mémorisé le complexe enchaînement des pas). Et nous suivons derrière… dans l’anarchie totale ! C’est connu, la marche au pas nécessite une parfaite condition physique. Les « exemptés » que nous sommes ne peuvent décemment pas effectuer cet exercice. Nous marchons donc dix mètres derrière, de façon désynchronisée, les mains dans les poches et… à la même vitesse que les autres. Forcément, aucun de nous n’a un pied-bot ou un déambulateur. L’absurdité de la situation est à la hauteur de notre jubilation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La peur des responsabilités, voilà ce qui caractérise l’armée. Elle se protège de tout pépin, de tout risque, parfois même, comme c’est le cas ici, jusqu’au ridicule. Heureusement pour elle, je passerai mes dix prochains mois à le vérifier, le ridicule ne tue pas. Sinon, bonjour le massacre !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus logiquement, nous échappons un soir à une marche forcée. Quinze kilomètres dans toute la base avec le barda sur le dos. Lorsque les gars reviennent, épuisés, nous sommes chargés de leur donner à boire. L’exercice a certainement pour but de les préparer à quelque chose de beaucoup plus sérieux. En effet, quatre jours plus tard, nos adjudants nous annoncent que nous sommes en guerre. Contre qui ? Les Russes ? Les Irakiens ? Les grévistes de la SNCF ? Mystère. Mais c’est la mobilisation générale. Certains ont des brassards bleus, d’autres rouges (comme dans « Les Douze Salopards ») et sont armés jusqu’à la gueule avec des Famas tirant des balles à blanc et des grenades à plâtre. Tout le monde est excité à l’idée de jouer à la guerre, de faire son Rambo, de casser du Viet, d’avoir une cartouchière en travers de pectoraux luisants. Moi-même, je suis un temps frustré de ne pas y participer. Toujours cette envie masculine de faire « pan ! pan ! ». Puis, je réfléchis et je visualise ce qui va se passer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les témoignages des participants à leur retour me confortent dans ce que je pressentais. Lâchez des adultes en pleine nature avec des armes et ils se transforment en sales gosses. Personne ne veut se faire tuer, tout le monde veut gagner. Un film de Rambo où Rambo combattrait d’autres Rambo. Y’aurait comme un problème, niveau scénario. Pouf-pouf, on recommence tout, c’était pour de faux, ça comptait pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Je t’ai tué, toi, t’es mort !&lt;br /&gt;-Non, je suis pas mort !&lt;br /&gt;-Si, t’es mort, gros con !&lt;br /&gt;-Tu veux une grenade à plâtre dans la gueule ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, une guerre où personne ne meurt et où il n’y a ni vainqueur ni vaincu. C’est pas chouette, ça ?&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-6506186449242460645?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/6506186449242460645/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=6506186449242460645' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6506186449242460645'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/6506186449242460645'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/les-inaptes-sont-exempts.html' title='Les inaptes sont exemptés'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SDaIB8ndwzI/AAAAAAAAACc/uuu0nBpZ4wQ/s72-c/7-inaptes.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2213356765505170759</id><published>2008-05-16T08:54:00.000-07:00</published><updated>2008-05-16T00:02:27.554-07:00</updated><title type='text'>Un cri dans la nuit</title><content type='html'>&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SC0v6HoqkII/AAAAAAAAACU/iUq-WSp62L4/s1600-h/6-nuit.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5200865820211318914" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SC0v6HoqkII/AAAAAAAAACU/iUq-WSp62L4/s320/6-nuit.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;div align="justify"&gt;-Réveillez-vous !!! Vous avez cinq minutes pour être en uniformes dans le couloir !!! Et que ça saute !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le haut-parleur vient d’aboyer les ordres du sergent de garde. Il est une heure du matin et tout le monde se lève les yeux hagards. On aurait dû se méfier. Couchés à 21 heures, alors qu’on ne nous lâchait habituellement pas la grappe avant minuit… cela cachait quelque chose. Mais nous sommes encore purs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cinq minutes pour s’habiller est une mission rigoureusement impossible et nos geôliers le savent bien. On n’enfile pas un jean et un t-shirt, non. On se prépare pour la troisième guerre mondiale, donc pas question de prendre ça à la légère. Il faut impressionner l’ennemi, le tétaniser par nos uniformes impeccables. Le bas de la veste doit être plié au niveau de la moitié des poches, la ceinture doit être placée à trois doigts au-dessus de cette pliure, les lacets des rangers ne se contentent pas d’une simple rosette, etc. La NASA n’est pas plus exigeante avec ses cosmonautes. Vingt minutes sont nécessaires à cette cérémonie et encore, en demandant l’avis de ses camarades. « &lt;em&gt;C’est bon, là ?&lt;/em&gt; » « &lt;em&gt;Remonte ta ceinture&lt;/em&gt; », « &lt;em&gt;Tes lacets pendent trop&lt;/em&gt; », etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les cinq minutes sont passées (ponctuées de délicieux « &lt;em&gt;Plus&lt;/em&gt; &lt;em&gt;que trois minutes, magnez-vous le cul !&lt;/em&gt; ») et nous nous précipitons dehors, apeurés. Au garde-à-vous de chaque côté du couloir, nous nous faisons face. Autant dire que personne n’est prêt… La palme revient à David, qui a simplement revêtu son manteau par-dessus le survêtement bleu qui nous sert de pyjama. Il a les yeux fermés, je crois qu’il dort toujours. Certains petits malins se disent qu’on ne remarquera pas leur absence et se cachent dans leur armoire. Or, il faut bien leur reconnaître ça, les matons ne sont pas nés d’hier, ils connaissent tous les trucs. Il y aura toujours un vicieux pour inspecter les chambres pendant que ses collègues s’époumonent dans le couloir. Et là, gare au planqué !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous attendons donc la suite des événements mais nous sommes trop fatigués pour raisonner. Une voix jaillit, du coin de l’œil je vois un sergent que je ne connais pas. Le regard intelligent à moitié caché par des paupières tombantes, un nez cassé de boxeur, une bouche de travers : la gueule de Stallone prise dans un étau. Impressionnant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Vous avez vu comment vous êtes habillés ? Mais vous vous croyez où ? Déjà que vous nous faites chier toute la journée…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une voix tout au bout du couloir approuve :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ouais, y’en a marre, maintenant !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rambo compressé par César rebondit :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ouais, y’en a marre !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marre de quoi ? Mystère. Mais il est remonté, notre sergent !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Si vous croyez que vous faisez ce que vous voulez, vous vous trompez !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l’écoute de cette conjugaison pour le moins fantaisiste, un doux frisson de plaisir parcourt l’assistance. Nous avons eu notre vengeance. Il peut bien nous gueuler dessus toute la nuit, Maître Capello, il vient de nous dévoiler son point faible. À nous maintenant de nous montrer prudents dans nos conversations. Ne pas prononcer des mots comme « nyctalope », « concupiscent » ou « éculé », histoire qu’il ne les prenne pas personnellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre homme de lettres s’approche de moi mais me dépasse sans me regarder. Il jette son dévolu sur Jérôme quelques mètres plus loin, qui a les yeux fixés sur le mur craquelé jaune pisse d’en face. Le sergent le toise des pieds à la tête puis aboie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous êtes une gonzesse ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jérôme ne croit pas devoir donner une réponse qui semble évidente mais l’autre revient à la charge et le bouscule en saisissant le haut de son manteau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous êtes une gonzesse ?&lt;br /&gt;-Euh… non.&lt;br /&gt;-Alors, pourquoi vous vous habillez comme une gonzesse ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Logique implacable, vertigineuse, abyssale. On ne lutte pas à armes égales. Nous sommes des Bisounours face à des Golgoths. On voudrait répliquer qu’on ne saurait pas comment faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon regard s’arrête sur un appelé situé en face de moi sur la gauche. Son visage est déformé par une crise de rire. Aucun son ne sort de sa bouche mais il est secoué de spasmes nerveux qu’il tente de contrôler tant bien que mal. Le sergent ne l’a pas vu, heureusement pour lui, mais je sens que je vais être gagné par son fou rire. À ce moment précis, je vois une larme glisser le long de sa joue. C’en est trop, je détourne la tête en me mordant la langue et en me maudissant de l’avoir regardé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-C’était un avertissement ! La prochaine fois, ça ira mal pour vous. Z’avez compris ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous n’avons rien compris du tout, rien à ce qu’on nous reproche, rien non plus à la pédagogie de l’exercice. Mais cette menace marque la fin du supplice, nous allons enfin nous coucher. Et demain, qu’est-ce qu’ils vont encore inventer ? &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2213356765505170759?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2213356765505170759/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2213356765505170759' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2213356765505170759'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2213356765505170759'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/un-cri-dans-la-nuit.html' title='Un cri dans la nuit'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SC0v6HoqkII/AAAAAAAAACU/iUq-WSp62L4/s72-c/6-nuit.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-7125502662702869753</id><published>2008-05-09T06:50:00.001-07:00</published><updated>2008-05-09T07:00:46.388-07:00</updated><title type='text'>En tutu à Toul</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SCRXGb81sHI/AAAAAAAAACM/ogq2V_wLjj0/s1600-h/NumÃ©riser0008.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5198375637986160754" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SCRXGb81sHI/AAAAAAAAACM/ogq2V_wLjj0/s320/Num%C3%A9riser0008.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBxaSywXmfI/AAAAAAAAAB8/gtDjQOQJ4nM/s1600-h/NumÃ©riser0008.jpg"&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align="justify"&gt;Nous remplissons des formulaires qui concernent nos désirs d’affectation après les classes. Un gradé sympa nous affirme qu’une place d’assistant-météorologiste est disponible à Paris. Je dois être un des seuls à venir de la capitale, j’ai toutes mes chances : je m’inscris ! Nous dînons au mess et une fois revenus à notre bâtiment, grande nouvelle : les « inaptes » changent de caserne ! Mais on est arrivé ce matin ! Et alors, pas de discussion ! Départ dans vingt minutes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je rassemble mes affaires et en fermant mon sac, je me rends compte qu’il me manque… mon couteau suisse ! Le sketch n’est donc pas fini. Sans compter mon scratch ! Il va me falloir affronter mes bourreaux une dernière fois. Je frappe, j’entre, je salue, je suis comme chez moi. Bouledogue et Gueule-de-con sont absents et je me retrouve face à mon faux ami Gueule-de-con-2. J’explique que je pars dans dix minutes pour une destination classée « secret défense » et que je dois récupérer mon scratch et mon arme blanche. Je l’ai contrarié, c’est évident. Il me tend mon couteau et fouille dans la « boîte à scratchs ». En trouvant celui à mon nom, il réalise brusquement ce que cela signifie : je ne ferai pas la corvée de chiottes du lendemain matin ! Cela ne m’avait pas échappé non plus… Je vois bien que cela l’embête, mon sergent, il se dandine, il cherche l’humiliation-minute qu’il pourrait me faire subir là, tout de suite. Mais il manque sans doute d’imagination et il me tend mon scratch à contrecœur. Je remercie (on n’est pas des bêtes), je salue, je fais un demi-tour… et j’ai la banane jusqu’aux oreilles. Un partout, la balle au centre ! Bien entendu, le premier mec venu va se faire descratcher à ma place sans comprendre ce qu’il lui arrive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous reprenons le car, comme des musiciens. Les « inaptes » sont en tournée ! Sauf que nous ne savons pas où nous allons nous produire. De nouveau, on ne daigne pas nous informer. J’ai l’impression d’aller à un rendez-vous de la mafia. Avant de démarrer, on va tous nous bander les yeux, c’est sûr. Visiblement, personne ne veut de nous. Y a-t-il une caserne pour inaptes ? Une heure plus tard, nous pénétrons dans la base (la troisième en trois jours) où je passerai les neuf prochains mois : la base aérienne 136 de Toul-Rosières. Il fait nuit, on ne voit rien, nous sommes conduits à notre chambre et dodo. Avant de m’endormir, je me fais une promesse : même sous la torture, je nierai avoir un couteau suisse en ma possession.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, les choses sérieuses commencent enfin. Réveil matinal, petit-déjeuner au mess et inspection des uniformes par nos gradés adorés. L’un d’eux nous apprend quelque chose de fondamental sur le calot (« &lt;em&gt;Coiffure&lt;/em&gt; &lt;em&gt;militaire à deux pointes, sans bords et sans visière&lt;/em&gt; » d’après le Larousse, voir aussi ma photo de présentation) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Votre calot doit rester fermé, ce n’est pas un vagin !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme cela sera souvent le cas par la suite, nous sommes partagés entre le rire et la consternation. Le cul obsède certainement autant tous les hommes, mais à l’armée, les allusions sexuelles leur permettent de revendiquer leur virilité, de se poser en « vrais mecs ». Bref, de se rassurer. C’est mignon, finalement, tous ces grands enfants qui veulent prouver quelque chose à la face du monde…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons enfin une existence légale. Quand je m’adresse à un supérieur, je dois me présenter ainsi :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aviateur Lombard&lt;br /&gt;Contingent 95/12&lt;br /&gt;2ème Compagnie&lt;br /&gt;6ème Section&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est beau comme l’Antique mais c’est aussi très long. Une fois immatriculés, nous sommes dignes d’être présentés au lieutenant-colonel de la base. Nous sommes bien 250 à être alignés par sections devant un bâtiment. Le « lieut’-co » apparaît, impérial, mais ne dit mot. Un de ses sbires, un caporal quelconque, se charge de nous parler. Les mains dans le dos, le haut du corps légèrement courbé en avant, il fait les cent pas, imitant super bien Guy Montagné en général Bigeard. J’attends qu’il nous dise « &lt;em&gt;Bande de p’tits salopards !&lt;/em&gt; », mais ce sera encore mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Messieurs ! Vous vous prenez pour des soldats, vous n’êtes que des gonzesses ! hurle-t-il avec méchanceté comme si on avait insulté sa mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ne pas rire. Surtout ne pas rire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous ne portez pas d’uniformes, mais des tutus !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il déconne, là, non ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous vous êtes regardés ? Vous ne ressemblez à rien ! C’est la dernière fois que vous vous présentez de cette façon devant le colonel. C’est une honte !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je cherche autour de moi des hippies à moitié nus qui se seraient roulés dans la boue, mais je ne vois que des soldats en uniformes verts. Du vert à perte de vue. Un vrai champ de maïs. Je commence seulement à comprendre le fonctionnement de l’armée. Ici pas de « liberté, égalité, fraternité » (c’est bon pour les gauchistes) mais « bêtise, mauvaise foi, mépris ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y a pas à dire, la solennité ça creuse ! Encore tout émus d’avoir été traités de danseuses étoile, nous partons déjeuner (boudin-purée, gruyère, yaourt à la fraise, yabon !!!) Au mess, on n’ose pas nous regarder dans les yeux, on chuchote derrière notre dos, genre « &lt;em&gt;mais qui c’est, ces gars-là ?&lt;/em&gt; ». Nos boules à zéro impressionnent, c’est évident. Notre présence parmi des appelés raisonnablement chevelus donne lieu à une sorte de cross-over improbable entre « Les Bidasses en folie » et « Full Metal Jacket ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et vous venez d’où ? ose un inconscient.&lt;br /&gt;-De Drachenbronn, dis-je, négligemment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brusquement, les conversations s’arrêtent, les têtes se tournent, la nourriture est stoppée en pleine ascension. J’ai l’impression d’avoir prononcé le nom de Dracula dans une auberge des Carpates et de l’avoir fait innocemment, sans remarquer les gousses d’ail et les crucifix accrochés aux murs. L’effet est immédiat. Nous passons du statut d’« inaptes » à celui de « bêtes de guerre ». «&lt;em&gt; C’est des fuscos, c’est des fuscos !!&lt;/em&gt; ». Les asexués sont devenus sévèrement burnés. Nous avons gagné le respect et la crainte de nos congénères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au moins jusqu’à ce que nos cheveux repoussent et que l’on se fonde dans la masse.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-7125502662702869753?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/7125502662702869753/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=7125502662702869753' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/7125502662702869753'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/7125502662702869753'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/en-tutu-toul.html' title='En tutu à Toul'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SCRXGb81sHI/AAAAAAAAACM/ogq2V_wLjj0/s72-c/Num%C3%A9riser0008.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2089058001045116325</id><published>2008-05-03T05:24:00.001-07:00</published><updated>2008-05-05T01:26:25.680-07:00</updated><title type='text'>Le Bouledogue et le couteau suisse</title><content type='html'>&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBxZhywXmeI/AAAAAAAAAB0/trkyHs2rCHg/s1600-h/couteau.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5196126507173911010" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBxZhywXmeI/AAAAAAAAAB0/trkyHs2rCHg/s320/couteau.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="justify"&gt;C’est désormais officiel : on ne veut plus de nous à Drachenbronn ! Dehors les « inaptes » ! Pourtant, on commençait à se sentir intégré puisqu’on avait bien voulu au petit matin nous confier de beaux uniformes verts et des Rangers. Mais une heure après, un car nous emmenait vers une destination inconnue (personne ne s’abaissera jamais à nous renseigner sur notre avenir, on obéit et point-barre). Nous sommes une dizaine, pas mécontents de voyager et ainsi d’échapper à un encadrement strict.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après deux heures et demie de route, nous arrivons à Nancy, plus exactement à la base aérienne 133 de Nancy-Ochey. À première vue, rien de bien différent de Drachenbronn, sauf qu’ici, on ne forme pas les commandos. Bienvenue chez les êtres humains ! Nous entrons dans le bâtiment administratif, et nous attendons une heure dans un couloir (la routine, quoi). On nous fait ensuite passer un par un dans un bureau. Mon tour arrive. Je frappe et j’entre. Je me retrouve dans une petite pièce. En face de moi, un sergent-chef (bien que je connaisse pas encore les grades à ce moment-là) à tête de bouledogue. Je lis sur son front : « Je vais te bouffer ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bonjour ! dis-je timidement mais aimablement.&lt;br /&gt;-Bonjour qui ? hurle mon tortionnaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis pris de court.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Euh…&lt;br /&gt;-Y’a quoi, là ? me demande-t-il en montrant ses barrettes sur son épaule.&lt;br /&gt;-Je ne sais pas, je…&lt;br /&gt;-Vous êtes aveugle ?&lt;br /&gt;-Euh non…&lt;br /&gt;-Alooooors ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Là, ça y est. J’y suis. Je suis bien à l’armée. Jusqu’à présent, je vivais dans une bulle régie par des règles de comportement et de respect. Et le sergent-chef vient de l’éventrer avec un cutter pour y passer sa tête de bouledogue. Maman !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un sergent au visage intelligent intervient et m’interrompt :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-On salue et on se présente quand on s’adresse à un gradé !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me redresse, les yeux fixés sur le mur, à un mètre au-dessus du sergent-chef Bouledogue, j’espère faire illusion. Je cherche une formulation militaire plausible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Philippe Lombard…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et plus rien. Forcément, malgré mon uniforme, je n’ai ni grade, ni statut. Je ne suis rien. Juste un « inapte ». Donc, rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous venez d’où ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je baisse les yeux vers mon sergent-chef adoré et mon corps se relâche quelque peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-De Drachenbronn…&lt;br /&gt;-On salue devant un gradé ! hurle le sergent Gueule-de-con.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me raidis à nouveau. Je ne sais plus quoi faire. Saluer, me présenter, répondre à la question, me mettre au garde à vous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-On ne vous a pas appris à saluer à Drachenbronn ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà la source du malentendu. Ce sympathique gradé ne peut pas savoir que nous n’avons pas commencé notre formation militaire. Tout va donc s’arranger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-En fait, non. On nous…&lt;br /&gt;-Non ? dit-il comme si je me moquais ouvertement de lui.&lt;br /&gt;-Non, parce qu’on est inapte, alors on nous a mis…&lt;br /&gt;-Vous êtes inaptes, donc vous ne savez pas saluer ? dit-il avec une évidente mauvaise foi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux gradés se regardent, le sourire mauvais. Comme s’ils n’attendaient que moi pour se défouler après une dure journée. Je ne vois pas le coup venir. Gueule-de-con s’est approché de moi et m’a « descratché ». J’apprendrai très vite le sens de ce verbe. Sur nos vestes, juste au-dessus du sein droit se trouve un scratch, une bande velcro où notre nom de famille a été écrit au feutre. À partir du moment où quelqu’un vous « descratche », vous lui appartenez, vous êtes sa chose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et voilà ! dit content de lui le sergent Gueule-de-con. Descratché ! Corvée de chiottes pour demain, ça vous apprendra. Vous récupérez le scratch après !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je remarque à ce moment-là qu’un troisième soldat se trouve dans la pièce, occupé à ranger des papiers dans un tiroir. Je place immédiatement tous mes espoirs en lui. Il ne peut être comme les deux autres, il doit contrebalancer leur bêtise et leur cruauté. Un peu comme dans les films américains, où un pauvre bougre (je me sentais brusquement à l’aise dans ce rôle) est interrogé par le duo « gentil flic-méchant flic ». Lui allait me sauver, me proposer une cigarette, un café ou un &lt;em&gt;foot massage&lt;/em&gt;. Mon sauveur relève la tête vers moi, comme s’il sentait que j’attendais quelque chose de lui. En croisant son regard, je comprends tout de suite à quel point je me suis trompé. Ce n’est pas un nom qui me vient à l’esprit, mais carrément un programme : Gueule-de-con-2-le-retour-tu-vas-en-baver-ta-mère-elle-peut-rien-pour-toi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Est-ce que vous avez un couteau avec vous ? me demande Bouledogue, qui a repris la main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je réponds trop vite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Euh oui… je crois…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Erreur fatale. Un peu comme si je demandais à un type vêtu d’une cagoule de cuir noir si cela l’intéresserait de me fesser avec une pelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous ‘croyez’ ? me dit-il en haussant les sourcils et en se léchant les babines.&lt;br /&gt;-Oui parce que… j’en ai emmené un… mais à Drachenbronn quand je suis arrivé… on m’a demandé mon couteau mais comme je l’ai pas retrouvé, je…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’enfonce. Un peu plus et je lui raconte l’épisode du conseil maternel à propos de mon bonnet…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous me l’amènerez ! dit-il, mettant fin à mon bafouillage et à la conversation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je fais demi-tour, je sors et je récupère mon sac dans le couloir, avant de me diriger vers la chambre dont on vient de m’indiquer le numéro. Un peu tourneboulé par ce que je viens de vivre (je n’ai pas encore le recul nécessaire pour en rire), j’entre et je salue trois appelés déjà installés. Je n’ai pas le temps de me présenter que j’entends au haut-parleur :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-L’aviateur Lombard est demandé immédiatement au bureau !!!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je réalise qu’on parle de moi, j’en suis un peu surpris. Les autres me regardent et me conseillent de me dépêcher. Ils ont l’habitude. Je me précipite vers le bureau, je frappe, j’entre et je me plante devant le sergent-chef Bouledogue, lequel me laisse poireauter une dizaine de secondes avant de daigner lever la tête vers moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Z’avez quelque chose pour moi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je réfléchis aussi vite que je peux. Qu’est ce qu’il me veut encore, ce canidé ? Une histoire avant d’aller dormir ? Un bakchich ? Je capitule.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Et le couteau ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous y voilà. Je suis tombé sur un obsessionnel, un maniaque. Il m’a planté ses crocs dans le mollet et il ne lâchera pas prise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous me le donnez quand ? Demain ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour excuser ce qui va suivre, il faut bien comprendre que je ne suis à ce moment-là pas tout à fait devenu un soldat. Mon mode de pensée est encore celui d’un civil, d’un étudiant de 23 ans, d’un être humain. Les subtilités de langage et de comportement de la Grande Muette (qui, ce jour-là, ouvrait bien fort sa gueule) ne me sont pas vraiment familières. Aussi, prends-je cette question, dont l’ironie ne vous aura certainement pas échappé, pour une vraie proposition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Demain ? D’accord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout son visage s’agrandit sous l’effet de la colère. L’espace entre ses paupières et ses sourcils se transforme en deuxième front, ses oreilles se retrouvent sur le haut du crâne, quant à ses yeux ils vont lui sortir des orbites, c’est sûr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Demain ? Immédiatement, oui ! Et que ça saute !!!! hurle-t-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Terrorisé, je me précipite dehors, j’entre comme une furie dans ma chambre, je me saisis de mon sac, je le retourne et le vide complètement sur le lit. Et je retrouve le couteau, enfin. Le fameux couteau suisse. Ce putain de couteau que le manuel du parfait petit appelé demandait expressément de prendre avec soi, celui-là même que la sentinelle à Drachenbronn m’a demandé dès mon arrivée avant d’entrer dans la base et que je n’ai alors pas trouvé. Un outil somme toute anodin et pratique mais qui est considéré ici comme une arme de destruction massive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils n’ont d’ailleurs pas tort puisque, n’y tenant plus, je le plante dans l’œil du Bouledogue, qui hurle à la mort. Tous les appelés me portent en triomphe et nous prenons le pouvoir à la base aérienne 133.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ah, tout de même !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La voix du sergent-chef Bouledogue me ramène à la réalité. Je viens de lui donner mon couteau, il est content. Je veux rentrer chez moi. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2089058001045116325?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2089058001045116325/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2089058001045116325' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2089058001045116325'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2089058001045116325'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/le-bouledogue-et-le-couteau-suisse.html' title='Le Bouledogue et le couteau suisse'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBxZhywXmeI/AAAAAAAAAB0/trkyHs2rCHg/s72-c/couteau.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-4363750687561742314</id><published>2008-05-02T09:30:00.000-07:00</published><updated>2008-05-06T09:48:37.652-07:00</updated><title type='text'>Moi, Philippe L., 23 ans, inapte</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBtB5iwXmdI/AAAAAAAAABs/n2NL4MHpqYk/s1600-h/Sans+titre.JPG"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195819051940026834" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBtB5iwXmdI/AAAAAAAAABs/n2NL4MHpqYk/s320/Sans+titre.JPG" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;La base aérienne 901 de Drachenbronn forme les appelés à être des fusiliers commandos, des « fuscos » comme on dit. La belle affaire. Je ne me sens concerné que de très très loin. Je n’ai envie de tuer personne. Mais au fond de moi, je suis quand même titillé par tout ça : les armes, l’action, les missions, tout ce folklore que je ne connais qu’à travers le cinéma ou les séries. Tout homme a en lui ce genre de tentation guerrière, cette envie de jouer au soldat ou au cow-boy « pour de vrai ». Pour remédier à un complexe de virilité ? Parce qu’il n’a toujours pas grandi dans sa tête ? Je ne sais pas, je ne suis pas psychanalyste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai plus de souvenirs particuliers de mon entrée dans les bâtiments mais un de mes compagnons d’infortune m’a raconté qu’en arrivant, un gradé à la voix grave l’a accueilli avec un très sérieux :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bienvenue en enfer !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela l’a fait rire, au grand dam du gradé qui s’est décomposé. Ce n’était pas de l’humour mais le programme. Les anciens nous mettent au parfum assez rapidement : ici c’est l’UCPA version « Platoon ». Petit jogging matinal de quinze kilomètres avec autant de kilos sur le dos, séance de pompes dans la boue histoire de salir entièrement son uniforme (qui doit être nickel le lendemain matin, évidemment), etc. Mes rêves d’action s’évaporent brusquement. Je me réveille, ce n’est plus la cour de récré, c’est West Point. On ne fait pas « pan t’es mort ! », mais « putain, je crois que je vais mourir ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense que ça ne va pas le faire, ce soir je m’évade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant de creuser un tunnel, on nous offre généreusement une carte téléphonique et on nous fait patienter dehors. Sans doute que les chambres ne sont pas prêtes. Au bout d’une heure, on nous conduit par petits groupes chez le coiffeur. Malin, j’avais prévu le coup et j’arbore fièrement depuis mon arrivée une coupe courte. Seulement voilà, je n’avais pas prévu de tomber chez les commandos, où ma coupe me ferait passer pour un baba-cool. Chez les Furieux, on ne coiffe ni ne coupe, on rase ! Le sergent moustachu qui nous a amené jusqu’au « salon » me désigne, au vu de la taille de mes cheveux, comme tondeur officiel du groupe ! Et je dois dire que c’est avec une certaine jubilation que je m’attèle à ma tache. On se marre, les gars se regardent dans le miroir sans y croire, la transformation est en route. Je crois que personne ne se rend encore compte de ce qui nous attend. Je n’y échappe pas non plus, bien sûr. À la fin de la séance, on se demande si on n’a pas tous couché avec des Allemands.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Retour à la chambrée où l’on attend deux heures sans rien faire. Puis déjeuner au mess : self-service plutôt médiocre. On fait connaissance, on se demande ce qui va nous tomber sur la tête d’un instant à l’autre. Puis retour à la chambrée et nouvelle attente. Je vais vite me rendre compte que l’attente et l’oisiveté sont les deux mamelles de l’armée. Trois heures et demie plus tard, on vient nous chercher pour la visite médicale. J’hésite un instant : j’ai dans mon sac un dossier épais comme un Big Mac sur mes problèmes cardiaques. Rien de grave, des battements de cœur trop rapides dus à des situations de stress (intervenus bien après mes « trois jours » et ne figurant donc pas dans mon dossier médical militaire). Mon médecin m’a conseillé de ne pas en faire trop, de ne pas exhiber mes analyses, mes électrocardiogrammes, etc. au risque d’énerver tout le monde. Mais j’ai comme le pressentiment qu’il me faut les emmener avec moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien m’en prend. Je suis reçu par deux médecins (un nouveau et son mentor) et en posant le dossier sur le bureau, je lis dans leurs yeux contrariés « Ah ! Problème ! ». Ils ouvrent la chemise comme s’il s’agissait d’un grimoire, regardent chaque pièce avec attention, me posent quelques questions, pour finalement appliquer d’un air soulagé un tampon rouge sur ma fiche : INAPTE. Ça y est, je suis libre ? Je peux partir ? Au revoir messieurs-dames ? Eh bien… ce n’est pas tout à fait ça. Je suis dispensé de toute activité physique mais je reste capable de faire dix mois de service. Vais-je être le premier fusco en charentaises ? Non, visiblement je me dirige vers des activités administratives, ce qui me convient très bien. Les fuscos ne peuvent pas se permettre d’avoir un boulet dans mon genre qui serait à bout de souffle après deux pompes et risquerait de leur claquer dans les bras. L’armée veut bien arracher les jeunes gens à leur vie, à leur milieu, à leurs études, à leur travail, à leurs projets, à leurs copines, mais pas les tuer. Ce serait mauvais pour son image.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soir, je change de chambrée et nous nous retrouvons entre gens du même monde… que des « inaptes » ! On nous a tous regroupés, comme on évincerait le cousin au bec-de-lièvre et la nièce obèse de la photo du mariage. Nous sommes les soldats de la honte. Enfin, nous ne sommes pas encore tout à fait des soldats. Notre nouveau statut a ralenti le processus, nous n’avons pas reçu nos uniformes, nous n’avons pas commencé à apprendre le b.a.-ba du troufion (le salut, les grades…), comme le font en ce moment nos collègues « aptes ». Nous sommes encore en habits civils, abandonnés à nous-mêmes, sans aucune explication.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Petit inconvénient de ce contretemps pour moi : je n’ai quasiment pas d’affaires de rechange, ni de serviette. Eh non, le manuel précisait bien que l’armée fournissait tout ! Et ce, pour éviter toute différenciation sociale… Niveau intégration, pourtant, c’est raté. En partant manger le soir, un sous-officier à la moue méprisante nous fait bien sentir que nous sommes des parias :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Allez les inaptes, on y va ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-4363750687561742314?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/4363750687561742314/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=4363750687561742314' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4363750687561742314'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/4363750687561742314'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/moi-philippe-l-23-ans-inapte.html' title='Moi, Philippe L., 23 ans, inapte'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBtB5iwXmdI/AAAAAAAAABs/n2NL4MHpqYk/s72-c/Sans+titre.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-5226968696188430664</id><published>2008-05-01T03:40:00.001-07:00</published><updated>2008-05-01T03:42:22.944-07:00</updated><title type='text'>Arrivée à la base de Drachenbronn</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmecywXmcI/AAAAAAAAABg/FQA4vhhEqyw/s1600-h/NumÃ©riser0002.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195357862646749634" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmecywXmcI/AAAAAAAAABg/FQA4vhhEqyw/s320/Num%C3%A9riser0002.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Drachenbronn… Le nom signifie en alsacien « la fontaine du dragon ». Evidemment… Ils n’allaient pas installer leur base à la « Source du bonheur » ou dans la « Forêt des papillons », ni dans un endroit dont le nom ne veut rien dire. Drachenbronn… Au moins, cela annonce la couleur. Cela sent la sueur et la bière, le bizutage au lance-flammes, le rire gras des instructeurs quand un soldat se casse la clavicule, des bourrades dans le dos et des concours de rots. Bref, de la virilité en intraveineuse jour et nuit… Et pour fêter la quille, une nuit de biture à la fin de laquelle on se réveille avec l’emblème de la compagnie (un dragon qui s’enroule autour d’une baïonnette ensanglantée) tatoué sur le bras. Au secours !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fait frisquet ce matin-là. Nous quittons l’hôtel, je ne suis pas très fier. Après quelques kilomètres, nous trouvons la fameuse base de commandos et ma mère (c’est elle qui conduit) arrête la voiture en face de l’entrée, de l’autre côté de la route. Dernières recommandations d’usage, embrassades, tu nous appelles quand tu peux… Je traverse la route, mon sac de sport à la main, prêt à tout mais ne m’attendant à rien, tellement j’ignore ce que mon pays exige de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un sergent en uniforme kaki et béret, jambes écartées, un Famas en travers de la poitrine, est devant la porte. Comme sur une malle de voyage d’autrefois, son visage est couvert d’étiquettes : Ndjamena, Beyrouth, Bagdad, Kolwezi... Ce type a du sang sur les mains. Mais en me voyant arriver, il me sourit, c’est déjà ça. La dernière attitude humaine avant le passage vers une autre dimension, le verre du condamné avant la sentence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous avez votre convocation ?&lt;br /&gt;-Oui, dis-je en la lui tendant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant qu’il vérifie le document, il me demande :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Vous avez des bouteilles d’alcool ? Des objets de valeur ? Des objets dangereux ? Un couteau ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce gars-là fait du Jacques Prévert sans le savoir. J’aurais voulu lui dire que je n’avais pas non plus d’échasses ni de cocotte-minute, mais il me revient à l’esprit que j’ai dans mon sac un couteau suisse, tel que le manuel me le préconisait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-J’ai un couteau suisse.&lt;br /&gt;-Donnez-le moi, dit-il sur un ton ferme mais aimable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le sketch du couteau suisse commence et ne s’achèvera que quelques jours plus tard. Je pose mon sac à terre et m’agenouille pour le chercher. Le problème d’un sac de sport est qu’il n’est pas compartimenté, c’est un fourre-tout dont il est bien difficile d’extirper ce dont on a besoin quand on en a besoin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je sais à ce moment-là que mes parents sont toujours garés en face et que me voir affairé aux pieds de la bête de guerre doit les intriguer. Je cherche, je cherche. Je sens du coin de l’œil que la voiture démarre doucement et fait un demi-tour. Mais où est-il ce putain d’ustensile helvétique à la con ? Il fait un froid de canard, en plus. Comme de bien entendu, la voiture de mes géniteurs s’arrête à notre hauteur, et j’entends le bruit électrique de la vitre passager qui descend. Comme si je ne me sentais pas assez rabaissé, il fallait que mes parents s’en mêlent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Qu’est-ce qui se passe ? demande mon père, inquiet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, non, je ne les connais pas. Mes parents ? Pas du tout ! Ils m’ont pris en stop à dix kilomètres. Et ce couteau qui refuse d’être retrouvé. Je pense que mon sergent a de l’humour et de la patience mais il y a des limites à tout. Et il fait toujours aussi froid. Ma mère choisit alors son moment, le temps T comme on dirait dans les films de guerre. Elle se penche sur mon père et m’adresse une recommandation qui est certainement une des pires humiliations de ma vie :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mets ton bonnet !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai pas besoin de relever la tête pour savoir que mon sergent a un petit sourire en coin. Je l’entends s’adresser à ma mère :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Ne vous inquiétez pas madame, tout va bien se passer !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis tétanisé. Mon compte est bon. J’ai tenté d’introduire une arme de 4ème catégorie dans l’enceinte d’une base militaire, je suis incapable de la produire quand on me la demande, et en plus je suis un petit garçon à sa maman. C’est sûr, je vais avoir un régime spécial : bite au cirage et tout le toutim.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Bon, vous me le donnerez plus tard. Entrez avec les autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon sergent a pitié de moi. Il doit avoir l’habitude. Je me relève, j’ose à peine saluer une dernière fois mes parents et j’entre dans la base de Drachenbronn d’un pas rapide. Histoire que ma mère n’ait pas le temps de me dire que ma braguette est ouverte. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-5226968696188430664?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/5226968696188430664/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=5226968696188430664' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5226968696188430664'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/5226968696188430664'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/arrive-la-base-de-drachenbronn.html' title='Arrivée à la base de Drachenbronn'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmecywXmcI/AAAAAAAAABg/FQA4vhhEqyw/s72-c/Num%C3%A9riser0002.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-3853975739745158317.post-2641392371199838541</id><published>2008-05-01T03:29:00.001-07:00</published><updated>2008-05-01T03:30:45.267-07:00</updated><title type='text'>Bon pour le service !</title><content type='html'>&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmbuSwXmbI/AAAAAAAAABY/ZfbWBUdalPE/s1600-h/NumÃ©riser0006.jpg"&gt;&lt;img id="BLOGGER_PHOTO_ID_5195354864759577010" style="DISPLAY: block; MARGIN: 0px auto 10px; CURSOR: hand; TEXT-ALIGN: center" alt="" src="http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmbuSwXmbI/AAAAAAAAABY/ZfbWBUdalPE/s320/Num%C3%A9riser0006.jpg" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;  &lt;div align="justify"&gt;Novembre 1995. Toute la France est paralysée par des grèves et plus aucun train ne circule. Je suis pourtant convoqué pour le 1er décembre à la base aérienne 901 de Drachenbronn, en Alsace, soit à cinq cents kilomètres de Paris où j’habite. On m’y attend de pied ferme pour remplir mes obligations de jeune Français plein de santé : effectuer 10 mois de service militaire. Après des études de droit cafouilleuses et une peine sentimentale, je ne sais plus trop où j’en suis et mettre ma vie en stand-by pendant près d’un an en uniforme kaki est loin de me remonter le moral.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux ans plus tôt, on m’a déclaré « apte » après les fameux « trois jours » (qui n’ont duré pour moi qu’une matinée au fort de Vincennes). « Vous êtes sûr ? » « Oui, oui » m’a-t-on répondu. Bon… Je n’ai pas osé jouer les dingues pour être qualifié de P4, statut qui m’aurait fermé les portes de l’administration (que je n’ai finalement jamais poussées). Après avoir arrêté la fac, j’ai donc devancé l’appel et ma convocation n’a pas tardé. Je suis pourtant confiant : la cousine de mon cousin (dame que je n’ai évidemment jamais vue) peut me pistonner afin que j’effectue mon armée à Paris. Chouette alors !!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je lui téléphone mais en lui annonçant que je dépends du bureau de Valenciennes, patatra ! Elle ne peut rien faire pour moi, elle qui travaille au bureau d’Evreux. Grrrr... Le piston qui lâche juste avant le décollage, c’est mauvais signe. Je dois me résigner à me lancer dans l’inconnu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je prépare mon sac, en me reportant au manuel du parfait petit appelé que l’on a bien voulu m’envoyer. Je prends ce qu’on me demande : une lampe, un couteau suisse (détail qui aura son importance plus tard), le minimum de vêtements et de lingerie (l’armée fournit tout, affirme-t-elle)… Sans m’en rendre compte, je suis déjà obéissant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais comment faire pour rejoindre la base alors que les cheminots sont en grève ? Plutôt que d’invoquer un cas de force majeure, mes parents me proposent de m’emmener en voiture… Je leur en serai reconnaissant car rater l’incorporation à Drachenbronn ne m’aurait pas permis de me retrouver en définitive dans la « planque » que j’occuperai l’année suivante. Nous partons donc le 30 novembre pour l’est du pays, qui marche au ralenti. Nous arrivons en fin d’après-midi. Au restaurant de l’hôtel, nous devisons avec le patron qui nous apprend que Drachenbronn est une base de commandos…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis alors partagé entre la peur et l’excitation. La peur de me retrouver dans un environnement hostile, dur et violent. L’excitation à l’idée de vivre une aventure « comme dans les films ». Je m’imagine Clint Eastwood dans « Quand les aigles attaquent » ou Roger Moore dans « Les Oies sauvages »… Je ne sais pas encore que je serai juste Philippe Lombard dans « Les Bidasses aux grandes manœuvres ». &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/3853975739745158317-2641392371199838541?l=memoiresdebidasse.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/feeds/2641392371199838541/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=3853975739745158317&amp;postID=2641392371199838541' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2641392371199838541'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/3853975739745158317/posts/default/2641392371199838541'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://memoiresdebidasse.blogspot.com/2008/05/bon-pour-le-service.html' title='Bon pour le service !'/><author><name>mémoires de bidasse</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_gRrjc3uxExI/SBmbuSwXmbI/AAAAAAAAABY/ZfbWBUdalPE/s72-c/Num%C3%A9riser0006.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry></feed>
